Je vais y arriver

Debout sur un pied, juché sur un tonneau vide renversé, lui-même posé sur une étroite planche, j’essaie de décrocher une étoile de papier doré, suspendue au-dessus de ma tête, juste hors de ma portée. En tendant les bras au maximum, j’arrive juste à l’effleurer, et si j’essaie de m’en rapprocher davantage, je perds l’équilibre et je manque de tomber de mon perchoir. Or il ne faut absolument pas que je tombe. Des badauds assemblés autour de moi, à une petite distance, me regardent faire. Certains ricanent de mes efforts inefficaces, d’autres moins nombreux me lancent des paroles d’encouragement. Mais il y en a peu qui restent là constamment. Ceux qui étaient là au début sont partis depuis longtemps et ont été remplacés par de nouveaux passants. Un peu plus loin, une fanfare joue des morceaux désuets qu’elle interprète tous, quels qu’ils soient, sur un rythme de marche militaire. Je dois y être très attentif toutefois, car quand la musique s’arrête, je ne dois absolument pas bouger, et il est parfois difficile de s’interrompre au milieu d’un geste. Dans ce cas, je contemple au loin la ligne d’horizon, les belles montagnes bleues. Je préfère ne pas regarder à mes pieds, car il s’y trouve un gouffre plein de crocodiles. La musique reprend et j’étends à nouveau les bras vers le haut.

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