Transfert vertical (5)

16. Lorsque l’été s’en est allé, l’ours soupire avant de retourner à sa caverne d’hibernation. Il trace une croix sur le calendrier perpétuel et laisse se refermer le rideau de perles qui assure son hégémonie. Nous ne le reverrons plus avant que s’écoule un nouveau cycle de cinquante-deux ans. Mais nous trouverons bien le moyen de nous infiltrer dans ses rêves, peuplés de majorettes et de sacquebutes.

17. Apportez-moi du vin, des raisins doux et des lectures aimables, pour que mon humeur se décante. Je vais quadriller le quartier des pêcheurs et balayer devant ma porte. Ensuite je n’aurai plus qu’à attendre la chute des feuilles et les prendre en photo, des instantanés que je découperai en lanières parallèles. Je n’aurai pas de kaléidoscope cette fois, ni de métempsychose. Tout ça parce que je me suis présenté à un concours de circonstances.

18. Comment avoir le sentiment d’exister ? Je ramais sur un lac dont l’eau noire ne laissait rien entrevoir des monstres aquatiques qu’elle recélait à coup sûr. On m’a jeté à la tête des paillettes et des empoignades. Vite, je ramène sur mon corps cette toile étendue, que les araignées m’ont prêtée sans intérêts. De sales bêtes traversent en soupirant l’écran total. A force de ne rien voir, je finirai bien par devenir invisible. Cela prendra le temps qu’il fera. Car le solstice reviendra un jour ou l’autre reprendre les affaires qu’il a laissées dans la cave.

 

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