La nuit nous contourne

Pour ces Vases communicants de décembre, j’ai le grand plaisir d’accueillir Christine Zottele, auteur du blog etsansciel, merci infiniment à elle. Mon texte hébergé chez elle s’intitule La sécurité du voyage.

La nuit nous contourne

D’abord – auparavant peut-être un songe – le geste du potier. Façonner au tour, travailler la terre, matière lisse gluante encore informe. Avoir rêvé projeté esquissé un vase, on dit un vase mais c’est encore une idée de vase, quant aux fleurs elles n’ont pas encore poussé. On contourne un vase. On crée les contours d’une forme et d’un fond. Les deux ensemble toujours forcément. Les mains palpent, parlent, savent. Elles créent sans la tête de sorte qu’on a une tête disponible pour tours et détours sans contours. On a une esquisse de pensée dans une forme vaguement ronde au sommet d’un corps vague.

On se propose de contourner. On n’a pas choisi mais d’emblée le verbe ouvre de nombreux possibles. C’est la transitivité qui pose problème. L’objet plutôt que le sujet.

On peut contourner de nombreux objets. Une difficulté, un obstacle, la loi, contourner c’est alors esquiver éviter c’est même la première chose à laquelle on pense. Un détour vers la facilité. On peut tourner indéfiniment autour d’un rond-point mais contourner un cercle vicieux est plus ambitieux. Contrairement à ce qu’on pense l’incontournable peut être contourné. On n’a jamais lu L’homme sans qualités par exemple. On ne peut ni contourner le soleil, ni Apollinaire. On contourne le cap de Bonne-Espérance et on ouvre la route des Indes. Il est ardu de contourner une rivière mais l’autoroute permet de contourner les villes dans lesquelles on ne veut pas passer ou s’arrêter pour des raisons qu’il serait ici trop long de développer. On ne peut contourner un jour (fût-ce celui des courses de Noël) ni une nuit (fût-ce celle de Jingle Bells ou Douce Nuit) mais la nuit nous contourne. Elle nous dessine, forme nos rêves et les contours de nos vases. On n’a pas choisi. On ne choisit rien. La nuit ne nous évite pas, ne nous esquive pas, elle nous contourne.

Carte de la Baye de la Table et Rade du Cap de Bonne Espérance Dressée sur Divers Manuscrits par Nicolas Bellin, Ing. De la Marine. 1773

Carte de la Baye de la Table et Rade du Cap de Bonne Espérance Dressée sur Divers Manuscrits par Nicolas Bellin, Ing. De la Marine. 1773

Revenir au geste du potier, aux mains. Au vase qui a pris forme bizarre baroque. Les mains se ressaisissent, rectifient, aplanissent, lissent, redonnent forme à l’informe, contournent. Les courbes de la nuit épousent les courbes du vase. On crée un beau vase. Après l’hiver il y aura des fleurs.

Christine Zottele

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3 commentaires pour La nuit nous contourne

  1. czottele dit :

    Merci Elizabeth pour ton accueil et cette belle illustration !

  2. Zazeg Sigoz dit :

    Les mots que j’écris ici force l’espace virtuel à contourner ces formes qu’une panne d’électricité replongerait dans le néant. Mise en abîme de ces partages, un intéressant détour/nement. Merci!

    Zéo Zigzags ¦)

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