La Révolution française vue par un curé de village

Transcription du texte figurant à la fin de l’année 1789 dans le registre BMS (baptêmes, mariages, sépultures) de Chigy, Yonne, 1783-1792. Rédacteur du registre paroissial, le père Lengrand, curé.

chigy-village« L’hiver a commencé le 24 septembre et a duré jusqu’au 22 février 1789, il a été si rude que les vignes ont été gelées, ainsi que la majeure partie des blés et des noyers. Le froid a surpassé de deux degrés (ici un mot illisible) l’hiver de mil sept cent neuf[1]. Le bichet[2] de froment s’est vendu huit livres dix sols mesure de Sens et le seigle cinq livres quinze sols. Le vin de la récolte 1788 s’est vendu 140 (ici un mot illisible) il était très bon, pour celui de 1789 il y en a un peu moins (ici trois mots illisibles). Cette même année le 4 mai ont commencé les états généraux qui ont occasionné beaucoup de tourment parmi la France et principalement parmi Messieurs les nobles et le clergé ce dernier après s’être sacrifié pour l’état a été dépouillé de ses privilèges. »

Texte figurant à la fin de l’année 1790

« Cette année la récolte a été assez abondante pour le vin, moins bon. Les Etats généraux ont supprimé les dépenses, étant accordées douze cents livres de pension à Messieurs les Curés qui nous ont été payées qu’avec des assignats sur lesquels il fallait perdre douze et même jusqu’à quinze pour cent. Bientôt les ministres [du culte] seront contraints de mendier ou pour mieux dire notre religion hélas sera subrogée. »

Texte figurant à la fin de l’année 1791

« Cette même année on a récolté en cette paroisse deux tiers de récolte tant blé que vin ; ce dernier se vend cent livres le muid il n’est pas d’un peu si bon qu’en 1788. Les assignat ont fait disparaitre l’argent et à peine si l’on peut avoir son nécessaire. O tempora o mores. Que dieu nous garde et nous préserve de la contre révolution qui est prête à tomber sur nos têtes. Tous les princes seigneurs et autres nobles sont passés en Empire et ne cherchent que les moyens de pouvoir rentrer en France les armes en main. Cette même année le Roy Louis Seize a pris la fuite, son dessein était de rejoindre les princes et autres émigrants. La France aurait beaucoup souffert s’il n’avait pas été arrêté à Varenne (sic) et reconduit à Paris où il habite aux tuileries, un Roy être prisonnier ne pouvoir sortir sans des milliers d’hommes, O tempora. La religion méprisée puisque l’on vend toutes les choses nécessaires à l’entretien du culte. O mores. Enfin que dieu soit avec nous. »

Pas de texte pour 1792.

J’ai conservé l’orthographe d’origine, notamment en ce qui concerne les majuscules (ainsi il écrit « dieu ») sauf pour le mot « blé » que le curé Lengrand écrit « bled » .

[1] L’hiver de 1709 est resté dans les annales comme particulièrement rigoureux. L’effet du froid sur les récoltes avait provoqué une famine et celle-ci des émeutes.

[2] Mesure de volume du grain, variant suivant les régions (d’où la mention « mesure de Sens »)

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