Petits enfants

Au printemps 2015, j’ai eu l’occasion de m’intéresser à la généalogie, pour les besoins d’un article. A ma propre surprise, j’ai chopé le virus. Je me suis inscrite sur un site de recherches généalogiques et j’ai commencé l’exploration. J’en suis aujourd’hui à plus de cinq mille individus, des deux côtés de mon arbre, remontant jusqu’au milieu du XVIe siècle. Tout cela dans un espace assez limité : la moitié Nord du département de l’Yonne, avec quelques extensions vers l’Aube et le Loiret.

C’était des paysans, dans une région pauvre, le Gâtinais (ce nom vient du mot gâtine ou gastine qui désignait autrefois un « terrain inculte, inhabité » (à rapprocher de l’ancien français gast, « désert »), mais signifiait aussi « pillage, ruine »…) Beaucoup étaient vignerons, quelques-uns sabotiers, charrons ou « tailleurs d’habits » comme on disait alors. J’ai vu de nombreux actes d’état-civil les concernant ; jusqu’à la Révolution Française, ils étaient pratiquement tous illettrés.

A mesure que je collectais et notais toutes ces données, quelque chose m’a frappée : c’est le nombre des enfants morts en bas âge. Bien sûr, je savais déjà ce qu’il en était de la mortalité infantile sous l’Ancien Régime. Mais la voir à l’œuvre dans sa propre famille, c’est autre chose.

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J’y trouve ainsi couramment des fratries de neuf ou dix enfants, dont pas plus de deux ou trois n’atteignent l’âge adulte. J’ai vu plusieurs fois des cas où une femme avait la même année perdu deux petits enfants et accouché d’un troisième. J’ai vu aussi les prénoms se répéter, monotones. On donnait à l’enfant suivant le prénom du mort. Tous ces Edme (je n’aurais pas imaginé ce prénom aussi courant), ces Nicolas, toutes ces Marie, Anne, Marie Anne…

J’ai beau me dire que tout cela est bien lointain, et que ceux qui ont vécu une vie entière sont morts aussi, cela m’attriste cependant. Il n’est rien que je puisse faire, sinon les inscrire les uns après les autres, avoir à chaque fois une pensée fugitive pour eux, dont la présence sur terre aura été aussi éphémère.

Image : Georges de la Tour, Le Rêve de saint Joseph, vers 1640. Musée des Beaux-Arts de Nantes. Image de la Web Gallery of Art

 

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2 commentaires pour Petits enfants

  1. Elizabeth dit :

    Dans un registre je relève aussi la mention de Laurent F., berger, né vers 1760, et lors du mariage de sa fille « absent sans avoir jamais donné de nouvelles et ce depuis plus de 40 ans »

  2. Elizabeth dit :

    Un autre extrait, cette fois du registre BMS de Maillot (Yonne) pour les années 1693-1770.

    « Un pauvre garçon âgé de 25 ans ou environ mendiant son pain et qu’on dit être de Villeneuve-le-Roy est décédé cette paroisse le 17 novembre 1693 et a été inhumé dans le cimetière de cette paroisse le 18 dudit mois et an que dessus en présence de Nicolas Albaut et François Bussetin qui ont déclaré ne savoir signer. Signé E. Lemeur curé ».

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