Comme une grande

Si Virginie Despentes avait une petite sœur, elle pourrait s’appeler Elisa Fourniret… Celle-ci vient de publier son roman Comme une grande aux éditions du Mauconduit. Comme l’auteur de Vernon Subutex, elle nous montre le Paris d’aujourd’hui et une femme d’aujourd’hui avec ses incertitudes, son mal-être, son langage qui est désormais le nôtre, mêlé de ce franglais qui bon gré mal gré nous a envahis. Des dialogues qui percutent, des scènes brèves qui font mouche.

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Le personnage principal est une jeune femme dans la quarantaine, vivant seule avec son fils de 8 ans, Vladimir, séparée du père de l’enfant (ont-ils été mariés, j’ai oublié, et ça ne change pas grand-chose à la situation…) Comme l’héroïne de Rébecca (mais c’est tout ce qu’elles ont en commun), on ne connait pas son nom. Elle écrit à la première personne et, bien que le livre soit estampillé « roman », je soupçonne une bonne dose d’autobiographie dans la matière première.

Il y a aussi sa sœur, son amie de toujours, et ses copines avec qui elle boit des verres dans les troquets du quart Nord-Est de Paris. On pourrait dresser un mini-guide des lieux qu’elle affectionne, du Zinc des Petits-Oignons à l’angle Orfila-Dupont de l’Eure (c’est comme ça qu’elle les situe), au Rez-de-Chaussée rue Sorbier, au Belgrand, au Pause Café, angle Charonne-Keller… Belleville, Ménilmontant, Bastille, le canal St-Martin… Les copines et les potes qui lui disent « le taf qu’on n’a plus, le fric qui manque, l’âge qui vient, l’amour qu’on ne croise pas, les enfants qu’on n’aura peut-être plus, le combat ordinaire ».

Le récit nerveux, intense, sucré-salé est ponctué de réminiscences de ses origines ouvrières, de son enfance lorraine à Longwy, paysage sinistré, les Polaks et les Ritals comme chez Cavanna ; de sa grand-mère polonaise récemment disparue ; de ses parents qui ont refait leur vie sur le tard – le père a réussi en fin de compte à devenir musicien comme il en avait toujours rêvé, il tourne avec son accordéon. Des fois ça arrive.

Au fil de la plume viennent aussi des réflexions sur la féminité, la famille, la ville, la société, le monde tel qu’il va (mal). Et les hommes, ah les hommes, ces êtres étranges, hommes de passage avec qui on cherche à établir un équilibre forcément instable, l’espace d’une nuit ou de quelques mois. « Tellement compliqué le marché du love par les temps qui courent. » La difficulté à gérer le double rôle, femme et mère. La présence en arrière-plan de Jeff, le père de Vladimir, immature, irresponsable, qu’il faut toujours tirer d’un pétrin, qu’elle ne peut pas renier complètement.

Un heureux mélange de courage et d’humour, de dérision et de tendresse, on a envie de la connaître, cette fille sans nom, et de lui dire que oui, elle se débrouille bien, comme une grande.

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