Le curé du village et les remontrances du Parlement

Toujours dans mes recherches généalogiques, je découvre dans le registre d’état-civil 1766-1793 de Foissy-sur-Vanne (Yonne) la note suivante, écrite par  le père Bourgoin, curé de Foissy, à la fin des actes d’état-civil de l’année 1766 :

« 17 morts
5 mariages
16 baptêmes 7 filles 9 garçons

Le prince George[1] fils de Jacques Second roi d’Angleterre est mort à Rome la nuit du premier au second janvier âgé de 77 ans 6 mois et 20 j[2].

Frédéric 5 roi de Dannemark[3] mort la nuit du 13 au 14 janvier était né le 31 mars 1723. Christian 2[4] son fils et successeur a épousé [ici 2 mots illisibles] la princesse Mathilde sœur du roi d’Angleterre.

Stanislas roi de Pologne (par deux fois) duc de Lorraine et de Bar est mort à Nancy le [ici un blanc] février. Voicy son épitaphe et son portrait sans flatterie
Cy-git sous cette tombe un roi plein de justice
qui protégea les arts honora les talens
qui soutint la vertu qui fut l’effroi du vice
en un mot un roi bienfaisant[5] (surnom mérité)

Le roi a agi cette année avec force contre le parlement, qui voulaient prendre les autorités législatives. Les arrêts du conseil ont été foudroiants et ont subsisté malgré les remontrances. »

Remontrances_du_Parlement_de_Paris_au_Roy_-_1731 small

Ce dernier paragraphe m’a intriguée. Il semble que le père Bourgoin fasse allusion aux remontrances adressées à Louis XV suite à l’affaire dite « affaire de Bretagne ou affaire La Chalotais ». Je ne suis pas historienne et c’est beaucoup trop compliqué pour moi, mais on peut regarder ici :
http://bcd.bzh/becedia/fr/laffaire-de-bretagne-1763-1774

et là : https://www.cairn.info/revue-parlements1-2011-1-page-44.htm#re5no5

« En mars 1766, le roi se rendit au Parlement, sans avoir prévenu les magistrats à l’avance, pour infliger une cuisante réponse aux nombreuses remontrances de la cour au sujet de « l’affaire de Bretagne » et réaffirmer le principe essentiel de l’indivisibilité de la souveraineté royale. »

et enfin sur la Wikipedia, à la page « Droit de remontrance » :

En 1766, lors d’une déclaration sévère au parlement de Paris appelée « séance de la flagellation » — en réaction à la fronde parlementaire concernant les affaires de Bretagne —, Louis XV rappelle de façon solennelle les grands principes de la monarchie et notamment le « droit de remontrance » :
« Les remontrances seront toujours reçues favorablement quand elles ne respireront que cette modération qui fait le caractère du magistrat et de la vérité. […] Si, après que j’ai examiné ces remontrances et qu’en connaissance de cause j’ai persisté dans mes volontés, mes cours persévéraient dans le refus de s’y soumettre […] ; si enfin, lorsque mon autorité a été forcée de se déployer dans toute son étendue, elles osaient encore lutter en quelque sorte contre elle, par des arrêts de défense, par des oppositions suspensives ou par des voies irrégulières de cessation de service ou de démissions, la confusion et l’anarchie prendraient la place de l’ordre légitime, et le spectacle scandaleux d’une contradiction rivale de ma puissance souveraine me réduirait à la triste nécessité d’employer tout le pouvoir que j’ai reçu de Dieu pour préserver mes peuples des suites funestes de ces entreprises… »

J’ignore pourquoi le curé Bourgoin a rédigé cette note manifestant AMHA de ses convictions royalistes. Qui à part lui pouvait lire le registre ? J’ai déjà vu des notations dans d’autres communes concernant les événements de l’année passée, mais pas de réflexions d’ordre directement politique. Encore une fois, je ne suis pas historienne, juste une observatrice curieuse…


NOTES

[1] En fait Jacques François Stuart, fils de Jacques II, prétendant toute sa vie au trône d’Angleterre, jamais roi

[2] Né en septembre 1701, le prince avait 64 ans à sa mort.

[3] Je conserve l’orthographe du curé

[4] En fait Christian VII

[5] C’est le curé qui souligne

Publicités
Cet article a été publié dans Généalogies. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Le curé du village et les remontrances du Parlement

  1. Elizabeth dit :

    Réflexion faite, je ne suis pas si sûre que le curé soit du côté du roi dans cette histoire. Après tout la phrase « Le roi a agi cette année avec force contre le parlement » peut être prise dans un sens critique…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s