La magie d’un lieu

Dominique Fortier : Au péril de la mer, éd. Alto, 2016

Au commencement il y a le Mont-Saint-Michel et l’attraction qu’il exerce sur moi. Je n’ai visité ce lieu qu’une seule fois, il y a fort longtemps, mais il m’est resté en mémoire. Pour moi, qui ne suis pas croyante (mais sensible aux expressions de la spiritualité…), qui suis de plus hostile aux agrégations de foules, c’était une surprise de me sentir prise dans quelque chose qui me dépassait. Une expérience étrange. Vingt ou trente ans après (plutôt trente), une amie qui vit au Canada m’offre ce livre d’un auteur québécois et je suis immédiatement attirée par le sujet et par la belle couverture tirée d’un tableau d’Antonio del Polaiuollo, Portrait de jeune femme.

 

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Présentation par l’éditeur : « Aux belles heures de sa bibliothèque, le Mont-Saint-Michel était connu comme la Cité des livres. C’est là, entre les murs gris de l’abbaye, que trouva refuge, au quinzième siècle, un peintre hanté par le souvenir de celle qu’il aimait. C’est là, entre ciel et mer, que le retrouvera cinq cents ans plus tard une romancière qui cherche toujours le pays des livres. Ils se rencontreront sur les pages d’un calepin oublié sous la pluie. »

Les voix se mêlent harmonieusement, comme dans un chœur : celle du peintre Eloi, accueilli au monastère par le père supérieur Robert, et qui s’intéresse aux plantes médicinales cultivées par le frère Clément ; celle de nos jours d’une femme solitaire, qui griffonne des notes sur un carnet, qui évoque les premiers mois d’existence de son enfant, une petite fille. Le peintre n’a pas pu achever le portrait de la jeune femme qu’il aimait, Anna, et celle-ci est morte prématurément. Elle l’obsède. La romancière peine à avancer dans son travail d’écriture et se laisse aller à rêver au Mont-Saint-Michel, à sa bibliothèque réputée qui fait penser à celle du Nom de la Rose. À l’histoire du lieu, à ses reconstructions successives, aux légendes qui lui sont liées. La magie opère, on est transporté sur le rocher breton, entre les murs de l’abbaye qui, avec Eloi, servira aussi d’abri à deux enfants vagabonds, Andreas et Casimir.

Un récit mélancolique et austère, imprégné de l’amour des livres, ménageant assez de pans de mystère pour garder sa part d’ombre. Une belle lecture, forte et habitée.

 

 

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