Stavros, un policier pas banal dans l’Athènes d’aujourd’hui

Stavros de Sophia Mavroudis, Éd. Jigal, 2018

Un sacré bonhomme, le commissaire Stavros ! Grand et massif,  farouchement indépendant, impulsif,  colérique, c’est un ours mal léché. Amer, désabusé, c’est aussi un grand fan de Kavafis, le poète d’Alexandrie.

Quand on le rencontre, il vient d’être rattrapé par son passé : un morceau de la frise du Parthénon a disparu et un cadavre gît au pied de l’Acropole. Or, quelques années auparavant, la femme de Stavros, Elena – alors responsable des fouilles archéologiques – avait mystérieusement disparu au même endroit. Stavros fait des pieds et des mains pour que l’enquête lui soit attribuée, car bien sûr, il en fait « une affaire personnelle », et celle-ci aura des résultats inattendus, que je ne vais évidemment pas dévoiler.

 

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Stavros provient d’une famille d’intellectuels de gauche. Son grand-père, originaire d’Asie mineure, est revenu de Smyrne en 1923, lors de la Grande Catastrophe, comme l’appellent les Grecs (le massacre et l’expulsion des chrétiens d’Asie mineure), puis il a été résistant, puis combattant de la guerre civile « du côté des perdants ». Son père est mort prématurément, « brisé par les prisons de la dictature » dans les années 60. Stavros a un fils d’une dizaine d’années, Yannis, qui va devenir l’enjeu de cette enquête mettant l’insolite commissaire aux prises avec la mafia russe.

Car le roman est situé de nos jours, dans le contexte historique de la Grèce contemporaine, pays meurtri, ruiné après les années 80, « règne de l’argent facile », et la corruption à tous les niveaux de l’État. On s’y promène dans les quartiers d’Athènes, Metaxourgeion, Monastiraki, et jusqu’aux docks du Pirée. On y observe les coutumes locales (comme celle de l’œil, l’amulette qui protège contre le mauvais sort) et Sophia Mavroudis, franco-grecque, glisse au besoin quelques mots pour les expliquer.

Bien sûr, Stavros ne travaille pas seul. Il s’entend mal (évidemment) avec son supérieur Anastasios Livanos, homme élégant, érudit et même pédant, issu de la grande bourgeoisie athénienne. Livanos est « technique », pratique la déduction, alors que Stavros marche à l’instinct. Mais ils se rejoignent pour apprécier Kavafis…

Stavros brille par son insubordination, son insolence et sa négligence à l’égard des consignes de sécurité. On se demande comment la hiérarchie tolère son comportement.

Il a pour lui sa fidèle équipe : Dora, solide, costaud, ancienne des forces spéciales du Mossad, qui s’instaure plus ou moins son garde du corps ; Eugène le hacker, dont les talents informatiques fourniront des pistes, et Nikos l’Albanais. Il peut compter aussi sur son amie Matoula, tenancière de bar au passé obscur et au grand cœur. Toutefois, il lui faut collaborer aussi avec des policiers moins sympathiques, Glykas le sournois et Zervenis le fayot.

Les références à l’Antiquité (le sujet s’y prête…) sont multiples mais jamais pesantes : Platon, Thucydide, Aristote fournissent des grilles de lecture des situations. Gourmand, buveur invétéré, Stavros est aussi un grand joueur de tavli, le backgammon grec, et  les amateurs apprécieront les détails tactiques de jeu qui sont déployés…

Pour une débutante – c’est son premier roman publié – Sophia Mavroudis maîtrise à merveille les codes du polar. Et comme la couverture du livre « Les enquêtes à Athènes du commissaire Stavros Nikopolidis » le laisse entendre, d’autres titres suivront peut-être bientôt ? On les attendra avec impatience.

 

 

 

 

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