Rencontre avec Leonardo Padura

Leonardo Padura est un écrivain cubain bien connu en France, surtout pour ses romans mettant en scène l’inspecteur de police (puis ex-policier) Mario Conde, mais il n’a pas écrit que cela. Un nouveau livre vient de paraître en France : L’eau de toutes parts, vivre et écrire à Cuba (Agua por todas partes), aux éditions Métailié. C’est un recueil d’essais et articles.

Je suis allée l’écouter à La Villette, samedi 11 juin, dans le cadre du Festival littéraire « Mot pour mots ». Âgé de 66 ans, pourvu d’une barbe blanche et d’un petit ventre rond, Padura s’avère plein d’humour et de bonhomie. On évoque d’abord le premier roman policier où apparaît le personnage de Mario Conde (Passé parfait, paru en 1991 au Mexique, en 2000 en France). En écrivant ce livre, Leonardo Padura avait décidé de contrevenir à tous les codes du roman policier et de créer un héros différent. C’était je crois son premier livre publié et la première édition a été faite par une petite maison d’édition universitaire à Guadalajara, « une édition bourrée de coquilles ».

Il décide alors d’écrire trois autres romans ayant Conde comme personnage principal, tous situés en 1989, un pour chaque saison. Mais il éprouve une grande difficulté à faire exister Mario Conde comme policier, car ce statut ne convient pas au personnage. À partir de Adios Hemingway il ne l’est plus. Mario Conde « interroge constamment la réalité cubaine », il en a une vision critique. Ses enquêtes sont beaucoup plus sociales que policières.

Paru en 2001, Adios Hemingway présente deux lignes entrecroisées, avec une histoire qui se passe en 1958, l’autre à l’époque du livre, et c’est seulement le personnage de Mario Conde qui les relie. Mario Conde s’est reconverti dans le commerce des livres d’occasion – métier qui lui convient parce que fait le lien entre la littérature et le monde de la rue. « Mario Conde a beaucoup de traits de mon caractère et d’éléments de mon histoire personnelle, avoue Leonardo Padura. Mais il représente surtout une synthèse de notre génération avec ses désillusions et sa mélancolie. »

Ensuite il écrit un livre très différent, Le Palmier et l’Étoile (La novela de mi vida). Leonardo Padura n’ayant pas donné de détails sur ce livre que je n’ai pas lu, je précise :

La novela de mi vida (2002) met en scène le rôle fondateur de l’exil incarné par deux expatriés dont les vies sont respectivement et constamment mises en regard : celle du poète José María Heredia (NB : ne pas confondre avec le poète français du même nom, qui était son cousin) dont l’autobiographie fictive nous ramène à la vie culturelle et politique du XIXe siècle et celle du personnage Fernando Terry, professeur à l’université de La Havane exilé pendant dix-huit ans, de 1980 à 1998. Source de cette info : https://crisol.parisnanterre.fr/index.php/crisol/article/view/314

L’homme qui aimait les chiens est un livre qui a pris à Leonardo Padura cinq ans de travail et nécessité de nombreux voyages. Ce qui l’a amené à écrire ce livre : l’« ignorance programmée » régnant à Cuba (où Ramon Mercader avait vécu dans les années 70) au sujet de Trotski. Leonardo Padura raconte sa visite à la maison de Trotski à Coyoacán. Il a écrit ce livre « pour comprendre comment s’est pervertie la grande utopie égalitaire du communisme ». À son avis le meurtre de Trotski a constitué « le point de non-retour » de cette perversion.

Il n’a pas été question samedi de Hérétiques, un roman que personnellement j’ai beaucoup apprécié. On y suit la piste d’un mystérieux tableau de Rembrandt, disparu dans le port de La Havane en 1939 et retrouvé des décennies plus tard dans une vente aux enchères à Londres ; tableau qui est lié au destin de toute une famille juive émigrée à Cuba mais que l’on découvre depuis le 17e siècle.

Dernier en date de ses romans, Poussière dans le vent traite du drame de l’exil, de la survivance de l’amitié et du destin de toute une génération (celle de Leonardo Padura). Génération qui a travaillé et lutté etc. pour un avenir meilleur, et à partir de 1989 cet avenir a disparu pour de bon. Génération sacrifiée. Ce livre, dit Leonardo Padura, a eu pour lui un effet de catharsis.

Ensuite on a parlé de La Havane.

(Photo de Padura provenant du site des éditions Métailié)

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