Octave Mirbeau

OCTAVE MIRBEAU N’IRA PAS AU MUSÉE D’ORSAY !

Ci-après le texte du message de Pierre Michel, président de la Société Octave Mirbeau, en date du 29 juin 2016 :

À la suite des vaines tractations avec le Musée d’Orsay, qui, pour finir, refuse de rendre hommage à Octave Mirbeau à l’occasion de la commémoration internationale du centième anniversaire de la mort du grand critique, chantre attitré de Monet, de Rodin et de Van Gogh, Pierre Michel, président de la Société Octave Mirbeau, a adressé à Scarlett Reliquet, qui a conduit mes échanges avec la Société Mirbeau et n’est pas personnellement responsable du refus opposé par la conservation du Musée, la lettre suivante, histoire de manifester l’indignation des mirbeauphiles et des amateurs d’art du monde entier.

Sujet : Octave Mirbeau au Musée d’Orsay
Date : Wed, 29 Jun 2016 10:09:11 +0200
De : Pierre Michel <michel.mirbeau@free.fr>
Pour : RELIQUET Scarlett <scarlett.reliquet@musee-orsay.fr>
Copie à : laurence.imbert@musee-orsay.fr, luc.bouniol-laffont@musee-orsay.fr, antonine.fulla@musee-orsay.fr, Guy Cogeval <guy.cogeval@musee-orsay.fr>, Isabelle Cahn <isabelle.cahn@musee-orsay.fr>

 

Chère Madame,

Je ne vous cache pas que le petit mot que vous avez adressé à Paul-Henri Bourrelier et que j’ai découvert hier avec stupeur constitue, pour moi et pour mes amis, un véritable choc. Car, si je comprends bien ce qu’implique votre courriel, les réticences, bien compréhensibles, de Denys Riout entraîneraient ipso facto, pour le Musée d’Orsay, l’annulation pure et simple de tout projet commémoratif en hommage au chantre attitré de Monet, de Rodin, de Van Gogh, de Cézanne, de Pissarro, de Camille Claudel, de Maillol, de Bonnard et de Vallotton – excusez du peu !

La chose est tellement énorme, tellement invraisemblable, tellement contraire à la mission du Musée d’Orsay, établissement public et institution nationale – en même temps qu’à celle des Commémorations non moins nationales, dépendantes du Ministère de la Culture, qui participent bien évidemment à la commémoration Mirbeau de 2017 –  que je crois nécessaire de l’écrire en lettres majuscules, pour parvenir à m’en persuader moi-même, malgré l’énormité de la chose, et afin que nul ne puisse en ignorer, nonobstant le caractère burlesque de ce qui, néanmoins, n’est apparemment pas un gag :

 

LE MUSÉE D’ORSAY REFUSE TOUTE ESPÈCE D’HOMMAGE

AU GRAND CRITIQUE OCTAVE MIRBEAU,

CHANTRE DE MONET, RODIN, VAN GOGH, PISSARRO, CÉZANNE,

MAILLOL, CAMILLE CLAUDEL, BONNARD ET VALLOTTON

 

Cela fait presque trois ans que j’ai écrit à Monsieur Cogeval, le 28 novembre 2013, pour demander quelle forme allait prendre l’hommage du Musée d’Orsay au grand écrivain, dont on allait commémorer internationalement le centième anniversaire de la disparition, et pour proposer un « parcours Mirbeau », qui me semblait facile à mettre en place dans la mesure où les textes du critique sur nombre d’œuvres conservées au Musée d’Orsay avaient été publiées par nos soins. Je n’ai jamais reçu de réponse. Une nouvelle lettre, le 22 mai 2014, n’a pas eu droit à davantage de réponse, ce qui est pour le moins incompréhensible et passablement méprisant, lors même que la Société Octave Mirbeau a largement fait ses preuves.

Il m’a fallu attendre le 28 novembre 2014, exactement un an après ma première lettre, pour que Madame Sylvie Patry, contactée à son tour, et qui se disait « grande admiratrice d’Octave Mirbeaut et du patient travail d’édition et d’annotation que la Société a mené », accuse réception de nos propositions et s’engage à les transmettre à ses collègues pour en discuter. Les mois ont passé et c’est seulement le 31 mars 2015 que Sylvie Patry m’a confirmé qu’il n’y avait pas à s’inquiéter de ce long silence, qu’elle avait « relancé les services concernés », mais qu’elle n’était pas « décisionnaire ».  De fait, le 31 août 2015, vous m’avez écrit à votre tour pour confirmer l’implication du Musée d’Orsay :

« Avant les congés d’été et à la suite de votre message envoyé à Sylvie Patry, le 31 mai dernier, nous nous sommes réunis avec elle au sein du service culturel et de l’auditorium pour étudier la faisabilité d’une programmation au début de l’année 2017 autour d’Octave Mirbeau. Nous avons imaginé nous joindre à cette commémoration par le biais d’une soirée ou deux de conférences à l’auditorium du Musée d’Orsay qui feraient mieux connaître au grand public l’auteur dans sa richesse et la diversité de sa production littéraire.

Un parcours thématique dans les collections, si l’accrochage du moment le permettait, serait également une bonne façon de rendre hommage à son regard sur la peinture de son temps.

Nous espérons que ces propositions sauront s’intégrer dans l’ensemble de la programmation prévue pour cette célébration et restons à votre disposition pour en reparler avec vous. »

Cette réunion avec la délégation parisienne de la Société Mirbeau a effectivement eu lieu, en novembre 2015, et nous a laissé de l’espoir. Mais au fil des échanges, il s’est avéré :

– Que le parcours Mirbeau, que vous jugiez vous-même tout à fait pertinent et dont nous rêvions, n’était brusquement plus possible, pour des raisons qui n’étaient pas évidentes ;

– Que les deux représentations que nous proposition de l’oratorio théâtral d’Antoine Juliens, inspiré notamment par le roman de Mirbeau Dans le ciel, Rédemption, ou la folie du toujours mieux (sous-titre qui fait référence à une lettre de Mirbeau à Monet) n’était pas non plus possible, lors même qu’Antoine Juliens avait déjà collaboré avec le Musée d’Orsay avec un spectacle Offenbach qui, de toue évidence, avait beaucoup moins de rapport avec les grands artistes exposés au Musée d’Orsay ;

– Qu’Orsay n’organiserait que deux ou trois conférences en rapport avec la critique d’art de Mirbeau, conférence et table ronde finalement fixées, après discussion, au 9 mars et au 20 avril 2017 ;

– Mais que, réflexion faite, ces conférences n’étaient plus possibles dans l’auditorium (et pourquoi donc ?), et qu’il convenait de leur substituer une visite guidée, avec le concours de Denys Riout ou de Christian Limousin, ce que nous avons bien été forcés d’accepter ;

– Et que, pour finir, vu le peu d’enthousiasme de Denys Riout après tous ces refus et tous ces rétropédalages injustifiés, il n’était même plus question de visite guidée, ni de Christian Limousin, pas même contacté, et qu’on en revenait au point de départ : c’est-à-dire zéro – un zéro bien pointé, même !…

DE QUI SE MOQUE-T-ON ?

POURQUOI CET OSTRACISME À L’ÉGARD D’OCTAVE MIRBEAU ?

            La Société Octave Mirbeau n’est qu’une petite association internationale, mais elle a publié 23 n° des Cahiers Octave Mirbeau, d’un total de 8 300 pages ; elle a publié de nombreux autres volumes, notamment le monumental Dictionnaire Octave Mirbeau de 1 200 pages, paru à l’Age d’Homme et qu’elle a mis en ligne, où il atteint les 630 000 visites (http://mirbeau.asso.fr/dicomirbeau/) ; et elle prépare activement la commémoration Mirbeau de 2017, qui comprendra cinq ou six colloques (quatre appels à contribution sont déjà en ligne sur Fabula :

http://www.fabula.org/rechercher.php?cx=002521762660777107752%3Abbqtm2ziagc&cof=FORID%3A10&ie=UTF-8&q=Mirbeauhttp://www.fabula.org/rechercher.php?cx=002521762660777107752%3Abbqtm2ziagc&cof=FORID%3A10&ie=UTF-8&q=Mirbeau),

des publications nouvelles en France et à l’étranger, de nouvelles traductions, de multiples créations théâtrales, trois ou quatre films, des expositions, des lectures et des conférences, le tout avec des moyens matériels et humains très limités et beaucoup d’huile de coude, grâce à son réseau de correspondants bénévoles, en France et à l’étranger. Elle a donc apporté une énorme contribution à la connaissance, non seulement de Mirbeau lui-même, mais aussi des grands artistes qu’il a chantés et, plus généralement encore, de toute la « Belle Époque » à laquelle est voué précisément le Musée d’Orsay.

Alors nous ne comprenons pas pourquoi on nous traite ainsi par le mépris, pourquoi on nous a fait lanterner sans vergogne pendant près de trois ans, pourquoi aucun des engagements pris par le Musée d’Orsay au fil des échanges n’a été tenu. Et surtout pourquoi le Musée d’Orsay, dont la raison d’être est de faire connaître les beaux-arts de la « Belle Époque », peut se permettre d’ignorer aussi superbement le critique le plus influent, le plus lucide et le plus représentatif des grands créateurs de la période en question. Vous étiez – et êtes encore, j’en suis convaincu – parfaitement consciente, comme l’était Sylvie Patry, exilée depuis à Philadelphie, de l’importance historique de Mirbeau et de l’intérêt, pour le Musée d’Orsay, de participer pleinement à la commémoration internationale de 2017. C’est pourquoi nous comprenons encore moins le total et brutal changement dont témoigne votre dernier courriel, si contraire aux précédents échanges : il y a là quelque chose que nous ne parvenons pas à expliquer.

Néanmoins nous continuons d’espérer encore que le Musée d’Orsay finira par reconnaître qu’il a mal évalué la situation, qu’il a de grands torts dans cette affaire et que des arrangements pourront encore être trouvés, qui permettraient d’y rendre – enfin ! – à Octave Mirbeau l’hommage qui lui est dû. Un parcours Mirbeau et deux conférences, dont les dates étaient fixées d’un commun accord, seraient le minimum qu’on est en droit d’attendre d’une institution nationale telle que le Musée d’Orsay. Mais le temps presse…

Si, par malheur, il n’en était pas ainsi, il va de soi que la réputation du Musée d’Orsay en serait publiquement et durablement entachée. Et ce serait extrêmement regrettable.

Je vous prie de croire, chère Madame, à l’assurance de mon immense et cruelle déception.

Pierre MICHEL
Société Octave Mirbeau
10 bis rue André Gautier
49000 – ANGERS

michel.mirbeau@free.fr
http://mirbeau.asso.fr/
http://www.mirbeau.org/
http://mirbeau.asso.fr/dicomirbeau/
http://michelmirbeau.blogspot.com/
http://michel.mirbeau.perso.sfr.fr/
http://www.scribd.com/Oktavas