Pour le salut de son âme

Registre BMS de Chigy, Yonne, 1669-1702 page 59

Comme pour les autres textes recueillis dans les registres d’état-civil, j’ai conservé l’orthographe et la ponctuation d’origine.

« Par devant moy curé de Saint Loup de Chigy sur Vanne en présence des témoings cy après nommez, au defaut de notaire en ladite paroisse fut présent en personne Biencour escuyer seigneur de Pointrincour et autres lieux, gissant (sic) en son lit malade en sa maison en la paroisse dudit Chigy, sain toutefois d’esprit et d’entendement, ainsi qu’il m’est apparu et a mes témoings soussignés, lequel considerant qu’il n’est rien de plus certain que la mort, et rien de plus incertain que L’heure d’icelle, et ne désirant en être prévenu, sans auparavant avoir déclaré ses dernières volontés, a fait, dicté et nommé le présent son testament en la forme et manière qui suit —–

Premièrement, Recommande son ame a dieu, a la glorieuse Vierge Marie, a Saint Jacques son patron et a tous les saincts et sainctes de paradis.
Lorsque son ame sera séparée de son corps veut le testateur que son corps soit inhumé dans leglise dudit Chigy avec toutes les prières messes et services comme il convient a une personne de sa qualité ; a laquelle fabrique de Chigy sur Vanne ledit sieur testateur donne et legue la somme de trente livres de rente a prendre et avoir sur le plus clair et meilleur de tout son bien Laquelle somme de trente livres annuelles et perpetuelles sera payée entre les mains tant de ceux qui sont de present en charge que de ceux qui leur succederont et en cas que les héritiers dudit sieur testateur voulussent acquitter et amortir ladite somme de trente livres de rente lequel ils pourront faire en payant la somme de six cents livres en principal Les marguilliers seront tenus et obligez d’en faire le remplacement aussitôt ou les constituer afin que ladite somme de trente livres se puisse bien et facilement [un mot illisible] percevoir et payer aux marguilliers qui seront en charge ./.

Chaqun an la charge de par les marguilliers de faire dire et celebrer a perpetuité par chaqun an deux services a neuf leçons vigilles messes hautes de requiem sçavoir un le lendemain de la fette de St Simon et St Jude pour le repos de l’ame de deffunte dame Marie Royde femme en premières noces du sieur testateur et le second en pareil jour qu’arrivera le deces dudit sieur testateur et ainsi continuer tous les ans a perpetuité comme aussi de faire chanter tous les dimanches un libera incontinent après la messe pour le repos de l’ame dudit sieur testateur, a la charge aussi par les marguillers de faire raccommoder et entretenir la chapelle de Ste Anne comme aussi de faire lambricer des premiers deniers qui proviendront de ladite rente de trente livres les charge cy dessus prealablement déduire et seront lesdits services annoncez le dimanche precedent et sonnez tant la veille que le jour qu’ils se chanteront —–
Item veut le sieur testateur [un mot illisible] être payée et griefs reparez si aucuns y a

et pour executeur du present testament ledit sieur testateur a choisi et nommé Jean de Chicault escuyer seigneur de Milly lequel il prie de bien vouloir rendre ce dernier bon office et apret que le present testament a esté [un mot illisible] et relû audit sieur testateur par moy curé soussigné, mes témoings presents, ledit testateur a déclaré qu’il y persiste et désir iceluy être executé comme estant la dernière volonté fait et passé audit lieu de Chigy en la maison du Sr de Biencour. »

Remarques

1. Le texte n’est pas daté. Il se trouve dans le registre à la fin des actes enregistrés pour l’année 1697.
2. Il est dit au début « en présence des témoins ci-après nommés » mais ils ne sont nulle part nommés (sauf l’exécuteur testamentaire) et il n’y a pas non plus de signatures. Ou bien il manque une partie du texte (mais la 2e feuille continue avec un autre testament), ou bien le curé a omis de les faire signer (ce qui serait curieux).
3. Le prénom du Sr de Biencour n’est pas mentionné mais il est fait référence à « Saint Jacques son patron », on peut donc supposer qu’il s’appelle Jacques de Biencour. Un arbre de Geneanet mentionne un Jacques de Biencourt (avec un t) marié le 11 avril 1695 à Chigy avec Marguerite Jolly.
4. La « fabrique », selon le TLF, désigne les biens matériels d’une église paroissiale.

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L’art de bien écrire

Le registre BMS de la commune du Charme (Loiret) pour les années 1642-1686 présente dans ses dernières pages quelques notations assez curieuses dans leur incohérence. On peut penser qu’elles ont été inscrites (par qui ?) a posteriori, étant donné la mention « 12 mars 1713 au Charme ». J’ai conservé l’orthographe d’origine, qui ne manque pas de piquant étant donné le thème de « l’art de bien écrire »…

p. 218 Monsieur, je ne peut pas écrire sur ledit Registre on nous [un mot illisible] depuis peu a légalizé je ne peut pas davantage y mettre – sinon [un mot illisible] que je suis allé [deux mots illisibles] Votre très humble et très serviteur [deux mots illisibles] pour dire non
12 mars 1713 au Charme

p. 219 Monsieur le nom que je veux vous dire [plusieurs mots illisibles] bon fort et bons amis
c’est que la plume ne vaux rien ni le papié

p. 220 Monsieur et Madame

p. 221 A b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z
est une (sic) ars de bien écrir car seux qui ne le sçave pas son ignoran
Estes-vous chrétien ? Répondre ouy par la grâce de Dieu. D. Et qui est celuy qu’on doit appeler chrétien ? R. C’est celuy qui ayant été baptisé fait profession de la doctrine chrétienne. Q. Est-ce que la doctrine [le texte s’interrompt ici]

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Carlos Mérida, la peinture et l’autobiographie

L’autobiographie me poursuit, même au bout du monde. Visitant à México DF l’exposition consacrée au peintre guatémaltèque Carlos Mérida, au Museo Nacional de Arte (Munal), je découvre dès la première salle un document dactylographié intitulé « Autobiographie, écrit inédit », datant de 1957.

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Mérida a également réalisé plusieurs autoportraits. L’exposition célèbre le centenaire de l’arrivée du peintre au Mexique en 1919.

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Mérida (1891-1985) a vécu une trentaine d’années au Mexique. Il a contribué au mouvement « muraliste », mais a surtout tenté d’opérer une combinaison des techniques picturales émergeant en Europe au temps de sa formation et des thèmes latino-américains. Le résultat est assez hétérogène, on distingue de nombreuses parentés (Miro, Kandinsky, d’autres…), mais séduisant.

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« Rien ne manque »

« Le onzième jour du mois de Juillet mil sept cent quatre vingt deux environ les cinq heures et demi du matin est paru au dessus de cette paroisse un nuage d’une très petite étendüe à six heures moins un quart est parti de ce nuage un éclaire et au même moment le tonnerre est tombé sur le clocher directement sur la pointe a brisé l’éguille en plusieurs morceaux et quelques autres pièces de charpente sans qu’il ait paru aucune étincelle de feu la foudre après avoir dépouillé le clocher des ardoises qui le couvraient du côté du midi et du sud ouest est descendue le long du mur par l’endroit où est l’horloge dont elle a coupé le fil de fer qui fait frapper le marteau a gagné le pignon où est la porte d’entrée a percé une petite niche où était une statue de bois de la Ste Vierge quelle a renversée sous le porche et a envoyé quelques plâtras sur le maître autel sans avoir causé autres dommages sinon deux trous au cadran dont un est directement à l’heure qu’elle a frappé »

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Texte extrait du registre BMS de Courceaux (Perceneige), Yonne, 1752-1791, p. 143
J’ai conservé l’orthographe d’origine ainsi que la totale absence de ponctutation. Le titre assez mystérieux est celui qui figure sur le registre.

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Stavros, un policier pas banal dans l’Athènes d’aujourd’hui

Stavros de Sophia Mavroudis, Éd. Jigal, 2018

Un sacré bonhomme, le commissaire Stavros ! Grand et massif,  farouchement indépendant, impulsif,  colérique, c’est un ours mal léché. Amer, désabusé, c’est aussi un grand fan de Kavafis, le poète d’Alexandrie.

Quand on le rencontre, il vient d’être rattrapé par son passé : un morceau de la frise du Parthénon a disparu et un cadavre gît au pied de l’Acropole. Or, quelques années auparavant, la femme de Stavros, Elena – alors responsable des fouilles archéologiques – avait mystérieusement disparu au même endroit. Stavros fait des pieds et des mains pour que l’enquête lui soit attribuée, car bien sûr, il en fait « une affaire personnelle », et celle-ci aura des résultats inattendus, que je ne vais évidemment pas dévoiler.

 

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Stavros provient d’une famille d’intellectuels de gauche. Son grand-père, originaire d’Asie mineure, est revenu de Smyrne en 1923, lors de la Grande Catastrophe, comme l’appellent les Grecs (le massacre et l’expulsion des chrétiens d’Asie mineure), puis il a été résistant, puis combattant de la guerre civile « du côté des perdants ». Son père est mort prématurément, « brisé par les prisons de la dictature » dans les années 60. Stavros a un fils d’une dizaine d’années, Yannis, qui va devenir l’enjeu de cette enquête mettant l’insolite commissaire aux prises avec la mafia russe.

Car le roman est situé de nos jours, dans le contexte historique de la Grèce contemporaine, pays meurtri, ruiné après les années 80, « règne de l’argent facile », et la corruption à tous les niveaux de l’État. On s’y promène dans les quartiers d’Athènes, Metaxourgeion, Monastiraki, et jusqu’aux docks du Pirée. On y observe les coutumes locales (comme celle de l’œil, l’amulette qui protège contre le mauvais sort) et Sophia Mavroudis, franco-grecque, glisse au besoin quelques mots pour les expliquer.

Bien sûr, Stavros ne travaille pas seul. Il s’entend mal (évidemment) avec son supérieur Anastasios Livanos, homme élégant, érudit et même pédant, issu de la grande bourgeoisie athénienne. Livanos est « technique », pratique la déduction, alors que Stavros marche à l’instinct. Mais ils se rejoignent pour apprécier Kavafis…

Stavros brille par son insubordination, son insolence et sa négligence à l’égard des consignes de sécurité. On se demande comment la hiérarchie tolère son comportement.

Il a pour lui sa fidèle équipe : Dora, solide, costaud, ancienne des forces spéciales du Mossad, qui s’instaure plus ou moins son garde du corps ; Eugène le hacker, dont les talents informatiques fourniront des pistes, et Nikos l’Albanais. Il peut compter aussi sur son amie Matoula, tenancière de bar au passé obscur et au grand cœur. Toutefois, il lui faut collaborer aussi avec des policiers moins sympathiques, Glykas le sournois et Zervenis le fayot.

Les références à l’Antiquité (le sujet s’y prête…) sont multiples mais jamais pesantes : Platon, Thucydide, Aristote fournissent des grilles de lecture des situations. Gourmand, buveur invétéré, Stavros est aussi un grand joueur de tavli, le backgammon grec, et  les amateurs apprécieront les détails tactiques de jeu qui sont déployés…

Pour une débutante – c’est son premier roman publié – Sophia Mavroudis maîtrise à merveille les codes du polar. Et comme la couverture du livre « Les enquêtes à Athènes du commissaire Stavros Nikopolidis » le laisse entendre, d’autres titres suivront peut-être bientôt ? On les attendra avec impatience.

 

 

 

 

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La magie d’un lieu

Dominique Fortier : Au péril de la mer, éd. Alto, 2016

Au commencement il y a le Mont-Saint-Michel et l’attraction qu’il exerce sur moi. Je n’ai visité ce lieu qu’une seule fois, il y a fort longtemps, mais il m’est resté en mémoire. Pour moi, qui ne suis pas croyante (mais sensible aux expressions de la spiritualité…), qui suis de plus hostile aux agrégations de foules, c’était une surprise de me sentir prise dans quelque chose qui me dépassait. Une expérience étrange. Vingt ou trente ans après (plutôt trente), une amie qui vit au Canada m’offre ce livre d’un auteur québécois et je suis immédiatement attirée par le sujet et par la belle couverture tirée d’un tableau d’Antonio del Polaiuollo, Portrait de jeune femme.

 

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Présentation par l’éditeur : « Aux belles heures de sa bibliothèque, le Mont-Saint-Michel était connu comme la Cité des livres. C’est là, entre les murs gris de l’abbaye, que trouva refuge, au quinzième siècle, un peintre hanté par le souvenir de celle qu’il aimait. C’est là, entre ciel et mer, que le retrouvera cinq cents ans plus tard une romancière qui cherche toujours le pays des livres. Ils se rencontreront sur les pages d’un calepin oublié sous la pluie. »

Les voix se mêlent harmonieusement, comme dans un chœur : celle du peintre Eloi, accueilli au monastère par le père supérieur Robert, et qui s’intéresse aux plantes médicinales cultivées par le frère Clément ; celle de nos jours d’une femme solitaire, qui griffonne des notes sur un carnet, qui évoque les premiers mois d’existence de son enfant, une petite fille. Le peintre n’a pas pu achever le portrait de la jeune femme qu’il aimait, Anna, et celle-ci est morte prématurément. Elle l’obsède. La romancière peine à avancer dans son travail d’écriture et se laisse aller à rêver au Mont-Saint-Michel, à sa bibliothèque réputée qui fait penser à celle du Nom de la Rose. À l’histoire du lieu, à ses reconstructions successives, aux légendes qui lui sont liées. La magie opère, on est transporté sur le rocher breton, entre les murs de l’abbaye qui, avec Eloi, servira aussi d’abri à deux enfants vagabonds, Andreas et Casimir.

Un récit mélancolique et austère, imprégné de l’amour des livres, ménageant assez de pans de mystère pour garder sa part d’ombre. Une belle lecture, forte et habitée.

 

 

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Juste une image

Sur la photo, elle est debout sur le rivage, le dos tourné, mais le visage aux trois quarts visible. Devant elle, la rivière coule avec une sorte de hâte tranquille, sans remous, la surface presque plane, à peine griffée par quelques rochers submergés. On est en hiver, les arbres sur la rive opposée n’ont plus une feuille à se mettre, et elle, emmitouflée dans un gros manteau, une écharpe de laine, croise frileusement les bras.

Il est difficile de dire quand cette photo a été prise. Le manteau, l’écharpe pourraient dater de l’année dernière, comme d’il y a vingt ou trente ans. La coiffure est celle qu’elle a toujours portée, les cheveux longs, ondulés, libres. La femme est trop loin pour qu’on distingue bien ses traits ; assez pour la reconnaître, pas suffisamment pour dire son âge. C’est une photo en noir et blanc, mais cela ne veut rien dire ; à une époque, il en faisait beaucoup, refusant la couleur comme une facilité. Il n’y a rien d’écrit au verso, pas non plus de date imprimée.

Il a retrouvé l’image tombée d’un album ou d’une pochette, au bas du placard du bureau, en le vidant en vue de son déménagement. Il se dit que, sans cette raison de vider complètement le placard, dans ce but, il n’aurait pas eu l’occasion de regarder cette photo avant des mois, des années peut-être. Il croyait les avoir toutes jetées, déchirées, perdues.

Elle est trop loin aussi pour qu’on perçoive une expression. Il ne se souvient absoument pas des circonstances dans lesquelles le cliché a été pris. Qui a fait cette photo ? Lui, sans doute. Quand, on ne sait pas. Et où ? Il essaie de reconnaître la rivière, l’endroit précis, les têtes bourrues des saules ; rien ne surgit dans sa mémoire.

Il se dit qu’il aurait cru être ému, en revoyant si longtemps après une image d’elle, sauvée du désastre, mais il ne ressent rien, tout juste un léger agacement devant ce vide, une vague curiosité. Il tâte la cicatrice, mais il ne ressent aucune douleur ; c’est à peine si l’on peut voir, sur la peau, une dentelle blanchâtre marquant l’endroit où fut jadis la déchirure.

 

Texte publié initialement sur le site Artobazz le 31 janvier 2103
http://artobazz.eklablog.com/elizabeth-legros-chapuis-juste-une-image-vc0213-a67662367

 

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