Quelconque errant

Comme un vol de perdreaux hors du chantier naval
Fatigués de porter leurs légères mitaines
De caross(e), de mohair, soutiers à la douzaine
Partaient, ivres d’un rêve hérétique et normal.

Ils allaient conquérir le crapuleux mental
De six tangos furies dans ses filles châtaines
Et les gens alités indiquaient leurs fontaines
Aux corps mystérieux du monde instrumental.

Chaque soir, espérant des gants de mains étiques,
L’azur fluorescent de la mèr(e) névrotique
Enchantait leur soleil d’un virage serré

Où, penchés à l’avant des grandes manivelles,
Ils remontaient conter dans un ciel essoré
Du fond de l’eau céans, des émois de nouvelles.

hommage à José Maria de Heredia

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Jeux de glaces

 

Du néant l’attraction chose voluptueuse
M’a capté dans ses lacs par un étranglement
Et me tourmente en vain la mer tumultueuse
De cette vérité dont le miroir te ment
Avec elle en plongeant dans ses yeux de tueuse
Et conduit jusqu’au bord ténu d’éclatement
D’une impulsion gravie la cime impétueuse

Variante

Du néant l’attraction chose voluptueuse
M’a capté dans ses lacs par un étranglement
Et me tourmente en vain la mer tumultueuse
Avec elle en plongeant dans ses yeux de tueuse
Et conduit jusqu’au bord ténu d’éclatement
D’une impulsion gravie la cime impétueuse
À cette vérité dont le miroir te ment

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Poème alphabétique

amère
bataille
contre
des
élans
furieux
grands
hauts
idiots
je
kulmine
la
montée
neigeuse

passe
quelque
rare
spirale
traversant
un
vide
wagon
xtrême
yeah !
zut !

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Sonnet n°72

 

Je ne me souviens pas du jour de ma naissance
Il me semble évident qu’il était malheureux
Printemps précoce enfin ou hiver rigoureux
J’ai pris soin d’oublier le temps de mon enfance

Je me trouve content dans ma vaste ignorance
Je pourrais presque ainsi en tomber amoureux
Ce serait plus léger et bien moins douloureux
Je pourrais y trouver quelque lieu d’espérance

Mais tout cela, vois-tu, je n’y crois vraiment pas
Qu’importe le moment, on va vers le trépas
Fait-on de ce futur une attirante image

C’est pour mourir, c’est sûr, que tous nous sommes nés
Pas de quoi déplorer un sort infortuné
Mais retournons plutôt vers l’éternel ouvrage

 

 

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Chanson perdue

 

Errant à travers champs sans trouver la lisière
je voulais retracer sur un papier Canson
quelques vers oubliés, peut-être une chanson
qui parle d’un cheval qu’on lave à la rivière

Peut-être l’ai chantée quand j’étais écolière
bête comme un gros chou et gaie comme un pinson
un chant léger, mutin, dont je cherche le son
un refrain sans apprêt de rime régulière

Ballade à l’air champêtre à la forme rurale
promenée en forêt, aimablement banale,
la nostalgie coulant dans son vieil alambic

Mais comment retrouver cette pauvre rengaine
(pas de quoi pour cela avaler l’arsenic)
car ce serait pour moi, je vous dis, une aubaine

 

 

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Une question d’échelle

Perplexe, le professeur Jacques Aranda se pinça le menton : à quoi pourrait bien lui servir l’échelle télescopique de 3 m 80 qu’il venait d’acquérir, disons-le franchement, sur un coup de tête ? Elle était certes magnifique, dans sa splendeur d’aluminium anodisé, avec sa légèreté n’excluant pas la robustesse, et le sentiment de sécurité qu’inspiraient ses barreaux antidérapants. Une de ses collègues lui avait suggéré de grimper jusqu’au sommet pour regarder si, de là-haut, on pouvait voir la mer.

Convaincu qu’il allait devenir subitement sujet au vertige s’il tentait l’expérience, Aranda se bornait, pour le moment, à contempler l’objet dans son cocon transparent de polyéthylène, pourvu à chaque coin de renforts en cette matière blanche qui, au moindre choc, laissait échapper des billes minuscules. S’il avait eu des enfants, voire, à son âge, des petits-enfants, ceux-ci auraient pu jouer avec les emballages et répandre dans toute la maison cette neige de synthèse ; mais par conviction philosophique, le professeur s’était toujours refusé à procréer. Il lui vint à l’idée que s’il avait eu un cerisier dans son jardin, et si l’on avait été en juin, avec une pareille échelle il aurait pu cueillir les cerises, même celles du dessus, que d’ordinaire seuls les oiseaux peuvent accaparer. Mais il n’avait pas le moindre cerisier, et les dimensions de son jardin auraient semblé ridicules même à des Lilliputiens anorexiques.

Le professeur jeta son chapeau de paille à terre, il lui venait envie de le piétiner. Qu’avait-il besoin d’un chapeau ? Pour se protéger de quoi, d’ailleurs, de ce soleil pâle, anémique, hésitant ? On aurait voulu lui dire, au contraire, de vous chauffer un peu plus, de vous brûler même. Mais il se contentait de vous regarder de loin, dédaigneusement. Autant (au temps ?) pour le réchauffement global, cette farce. Tournant le dos au soleil, Aranda rentra dans la maison : il était temps pour lui de reprendre de saines lectures.

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Petite recette de rentrée

Épluchez, lavez, essorez, mettez à sécher dans un lieu abrité, les mots ont besoin d’ombre, faites attention à ce que le vent ne les emporte pas, après on se retrouve avec un tissu narratif tout mité, c’est lamentable. Ne craignez pas d’étaler et d’étirer les adverbes, de manière à ne conserver que ceux qui auront résisté à ce traitement. Étrillez bien les adjectifs, ils le méritent. Chaque pronom devra être accompagné de son représentant légal titulaire d’une procuration en bonne et due forme. On ne saurait trop insister sur la nécessité de préserver l’incognito des métonymies. Enfin, servez frais avec un rosé de Provence.

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