D’une passante

Continuant ma balade à travers les registres d’état civil des siècles passés, je m’arrête aujourd’hui à Rosoy (Yonne), en 1720. Je reproduis le texte avec l’orthographe d’origine (on remarquera la graphie variable des noms propres). J’ai seulement pour la clarté de la lecture ajouté les apostrophes qui n’existaient pas.

« Ce jourdhuy vingtquatrieme septembre 1720, a été baptisé par moy curé de Rosoy soussignée (sic) Marie, fille de Jeanne Troussez, Passante, laquelle a declaré en presence de Marguerite Galois matrone de ce lieu, accompagnée de Jean Halais et de Claude Besson, estre des oeuvres de Jean Gauthier valet au moulin de verron ; ladite Jeanne Troussez leurs ayant declaré qu’il y avait environ dix ou onzes ans que son homme etait à l’armée, ne sachant s’il etait mort. Le parrein a été Pierre Lobé serviteur domestique de Gabriel Gaudin et la marreine qui lui a imposé le nom est Marie Malin fille de Marie Huot, Lesquels ont declarez ne sçavoir signé à la reserve de Jean Hallais [ajout marginal : et de Pierre Lobé] qui s’est avec nous soussignez enfin
[Signatures] : Jean Allais, Pierre Laubet, Balduc curé de Rosoy. »

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(image Delcampe)

A partir de ces quelques lignes, je me fais toute une histoire. Jeanne Troussez n’est pas du coin, c’est une « passante ». Elle doit avoir la trentaine, si son « homme » (mari ? on ne sait pas) est parti à l’armée depuis une dizaine d’années. L’homme manquant, et « ne sachant s’il est mort », elle est partie sur les routes. A Rosoy, elle a rencontré Jean Gauthier, valet au moulin de Véron (la commune voisine) et voilà, il y a eu un enfant de fait. Mais qu’est-il advenu par la suite de Jeanne Troussez et de sa fille Marie (si celle-ci a survécu) , qui sait ?

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Le chien noir

C’est l’écrivain anglais Samuel Johnson qui, vers la fin du 18e siècle, a utilisé le premier cette métaphore pittoresque pour désigner la dépression. Elle a été ensuite popularisée par Winston Churchill. Et Ian McEwan a publié en 1992 un (excellent) roman sous le titre Les Chiens noirs.

Les chiens noirs de la déprime tantôt nous déchirent de leurs crocs et tantôt se couchent à nos pieds pour nous regarder avec des yeux pleins de désolation.

 

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Van Gogh, Le Vieil Homme triste (1890), Otterlo, Musée Kröller-Müller (image Wikipedia)

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Débuts

Il m’est arrivé de
Je ne sais pas si
Pourquoi ne pas essayer de
Cela dépend de la manière dont
Et il y a lieu de tenir compte du
Supposons un instant que
On n’en n’a jamais fini avec
Ce n’est pas comme si
Je voudrais bien savoir quand
Ce n’est pourtant pas
Toujours est-il que
En fin de compte, nous

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Enfant trouvé

Encore une histoire curieuse venant des registres d’état-civil, cette fois-ci Maillot, dans l’Yonne toujours, registre BMS 1771-1790 :
« L’an mil sept cent quatre-vingt un, le vingt-et-un mai soir, j’ai baptisé avec les cérémonies ordinaires et sous condition Marie Jeanne, qui m’a paru ainsi qu’à la sage-femme très nouvellement née. Le parrain a été Claude Moreau et la marraine Marie Jeanne Riosset. La sage-femme qui l’a porté (sic) est Jeanne Fouet accoucheuse de cette paroisse qui m’a dit ne connaître ni le père ni la mère de l’enfant, mais qu’elle avait été déposée chez Jeanne Albaut, femme de Pierre Riosset, par un inconnu. Le baptême en présence de Marie Dubé femme Maillet qui avec la sage-femme et les parrain et marraine ont déclaré ne savoir signer, de ce interpellés. [signature] LeBlanc, curé. »

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(Détail : qu’est-ce qu’un baptême « sous condition » ? Cela signifie « sous condition que l’enfant n’ait pas déjà été baptisé » – ce que l’on ignore dans le cas d’un enfant trouvé. Car on ne saurait être baptisé deux fois.) (Image : l’église de Maillot, source Wikipedia)

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Comme une grande

Si Virginie Despentes avait une petite sœur, elle pourrait s’appeler Elisa Fourniret… Celle-ci vient de publier son roman Comme une grande aux éditions du Mauconduit. Comme l’auteur de Vernon Subutex, elle nous montre le Paris d’aujourd’hui et une femme d’aujourd’hui avec ses incertitudes, son mal-être, son langage qui est désormais le nôtre, mêlé de ce franglais qui bon gré mal gré nous a envahis. Des dialogues qui percutent, des scènes brèves qui font mouche.

fourniret-comme-une-grande

Le personnage principal est une jeune femme dans la quarantaine, vivant seule avec son fils de 8 ans, Vladimir, séparée du père de l’enfant (ont-ils été mariés, j’ai oublié, et ça ne change pas grand-chose à la situation…) Comme l’héroïne de Rébecca (mais c’est tout ce qu’elles ont en commun), on ne connait pas son nom. Elle écrit à la première personne et, bien que le livre soit estampillé « roman », je soupçonne une bonne dose d’autobiographie dans la matière première.

Il y a aussi sa sœur, son amie de toujours, et ses copines avec qui elle boit des verres dans les troquets du quart Nord-Est de Paris. On pourrait dresser un mini-guide des lieux qu’elle affectionne, du Zinc des Petits-Oignons à l’angle Orfila-Dupont de l’Eure (c’est comme ça qu’elle les situe), au Rez-de-Chaussée rue Sorbier, au Belgrand, au Pause Café, angle Charonne-Keller… Belleville, Ménilmontant, Bastille, le canal St-Martin… Les copines et les potes qui lui disent « le taf qu’on n’a plus, le fric qui manque, l’âge qui vient, l’amour qu’on ne croise pas, les enfants qu’on n’aura peut-être plus, le combat ordinaire ».

Le récit nerveux, intense, sucré-salé est ponctué de réminiscences de ses origines ouvrières, de son enfance lorraine à Longwy, paysage sinistré, les Polaks et les Ritals comme chez Cavanna ; de sa grand-mère polonaise récemment disparue ; de ses parents qui ont refait leur vie sur le tard – le père a réussi en fin de compte à devenir musicien comme il en avait toujours rêvé, il tourne avec son accordéon. Des fois ça arrive.

Au fil de la plume viennent aussi des réflexions sur la féminité, la famille, la ville, la société, le monde tel qu’il va (mal). Et les hommes, ah les hommes, ces êtres étranges, hommes de passage avec qui on cherche à établir un équilibre forcément instable, l’espace d’une nuit ou de quelques mois. « Tellement compliqué le marché du love par les temps qui courent. » La difficulté à gérer le double rôle, femme et mère. La présence en arrière-plan de Jeff, le père de Vladimir, immature, irresponsable, qu’il faut toujours tirer d’un pétrin, qu’elle ne peut pas renier complètement.

Un heureux mélange de courage et d’humour, de dérision et de tendresse, on a envie de la connaître, cette fille sans nom, et de lui dire que oui, elle se débrouille bien, comme une grande.

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Dans la rivière

« L’an 1783 le troisième d’août sur les quatre heures du matin a été trouvé dans la rivière du moulin le corps d’Elizabeth Mercier âgée d’environ quatorze ans, fille de feu Jean Louis Mercier et de Anne Neuville ses père et mère. L’inhumation a eu lieu le même jour au soir avec un pouvoir du juge signé (illisible) en présence de sa mère et de François Pautrat recteur d’école qui a signé avec nous, Lengrand, curé. »

Extrait du registre BMS de Chigy, Yonne, 1783-1792

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La Vanne à Bagneaux, Yonne (image Wikipedia)

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Permission spéciale

C’est toujours la généalogie qui me fournit des documents singuliers. A la fin du registre BMS de Champignelles, années 1656-1672, l’acte suivant (j’ai transcrit en respectant l’orthographe et la ponctuation d’origine, et mis entre crochets les lettres manquantes des abréviations complétées) :

« L’an mil six cent soixante douze et le onzieme jour de juillet vu la lettre que Mr Queyras vicaire general de Monseigneur l’Archevêque de Sens m’a fait l’honneur de m’écrire, dans laquelle ces parolles sont couchées mot à mot : Si par les connaissances que vous avés de la conduitte du jeune homme que vous m’avés adressé qui se nomme Henry Anthoyne vous pouvés nous asseurer raisonnablement qu’il dit pour persévérer dans la foy catholique ap[osto]lique et romaine ainsi qu’il a promis solemnellement et qu’il n’est pas encore marié. Je vous donne à Mr le Curé de Champignelle et à vous permission de procéder à la publication desdits bans et ensuite de l’admettre au sacrement de mariage en y observant les formes ordinaires prescriptes par l’Eglise sans l’obligat[ion] d’avoir certificat de son pays pourvu que par ailleurs, il n’y ait aucun empêchement légitime. Donné à Estampes ce 26 juin mil six cent soixante douze. Et ce sans conséquence pour l’advenir et eu égard aux circonstances non communes ou se trouve ce jeune garçon qui le mettent dans une hypothese toute particulière.// Signée Queyras Vic[aire] G[éné]ral. Je prestre vicaire en l’église paroissiale Sainte Colombe de Champignelle conformément à la susd[ite] lettre et permission apprès les bonnes marques que le susd[it] nous a donné de ses Intentions pour la susd[ite] Ste Eglise et par les connaissances que je puis avoir eu par la bonne conduitte d’icelluy ay procédé à la publication des bans du futur mariage d’icelluy Henry Anthoyne Chappellier fils de deffunct Jacques Anthoyne et de deffuncte Nicole Delite, natif de Vugnon diocèse de Rheims, habittant en la parroisse de [illisible] diocèse de Langres et a present notre parroissien. Et la personne de Marie Bauiar veufve de deffunct Gabriel Tourtin et ensuite aux fiancailles d’iceux et aujourd’huy les ai admis au St Sacrement de mariage : led[it] Henry Anthoyne assisté de Louys et Edme Thomazon freres, Anthoyne Martin, Edme Chautard ; lad[ite] Marie Bauiar assistée de Thomasse Gillet sa mere, Denys Labonne son beau-frere, Francoise Bauiar sa sœur, Edme Chevalier, Jean Pité, Etienne Perreux, et autres leurs parents et amys qui ont declare ne scavoir signer, sauf et a la reserve des soussignés. »

Signatures déchiffrables : JMaria pre[tre] vic[aire], Henry Antoine, D. Labonne, L. Thomazon, Marie Bauiar, Edme Thomazon.

Champignelles_venant_de_Perreux

Apparemment le jeune homme en question était soupçonné de protestantisme, ce qui sauf erreur de ma part n’était pas interdit (on se situe avant la révocation de l’Edit de Nantes) mais mal vu. Par contre j’aimerais bien savoir quelles étaient les « circonstances non communes » dans lesquelles il se trouvait…

(Image : entrée de Champignelles, source Wikipedia)

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