Marie Burté, sage-femme

Comment on obtenait une licence professionnelle de sage-femme au début du 18e siècle… C’est le curé du village qui la délivre (c’est le cas de le dire) et il n’est pas question de faire preuve de connaissances médicales, mais de montrer son allégeance à la foi catholique. Et l’examen annuel auquel la postulante promet de se soumettre n’est pas non plus d’ordre médical, mais porte sur sa maîtrise du rituel du baptême. Les sages-femmes étaient en effet habilitées à baptiser (ondoyer plutôt, procédure plus expéditive) les nouveau-nés en danger de mort, occurrence hélas assez fréquente.

Cet « acte » se trouve à la date indiquée dans le registre BMS de Malay-le-Vicomte (aujourd’hui Malay-le-Grand) 1733-1742 parmi les actes de baptême, de mariage et de sépulture. J’ai modernisé l’orthographe et ajouté quelques signes de ponctuation dont le curé Vacher était assez avare.

The New-born *oil on canvas *76 × 91 cm *1600-1652

« Ce jourd’hui 5 février 1739 est comparue devant nous curé de Malay-le-Vicomte soussigné, Marie Burté femme de Nicolas Martin âgée de 32 ans, laquelle depuis plusieurs années avait assisté par bonne volonté les femmes dans leurs couches, et nous ayant communiqué le désir de certaines [ayant] exigé d’elle le serment ordonné par monseigneur l’archevêque dans le rituel de ce diocèse et après qu’elle nous a eu juré et promis sur les Sts Évangiles qu’elle voulait vivre et mourir dans la foi de l’église catholique apostolique et romaine, qu’elle s’acquitterait avec le plus de fidélité et diligence qu’il lui serait possible de la charge qu’elle entreprenait d’assister les femmes dans leurs couches, et qu’elle ne permettrait jamais que ni la mère ni l’enfant encourussent aucun mal par sa faute, et que lorsqu’elle aurait quelque péril éminent elle [un mot illisible] du conseil et de l’aide des médecins et des chirurgiens, et des [un mot illisible] qu’elle connaîtrait entendre et [un mot illisible] en cette fonction, qu’elle ne révèlerait point le secret des familles, ni des personnes qu’elle assisterait ; qu’elle n’userait d’aucun moyen illicite, sous quelque couleur ou prétexte que ce soit, par vengeance ou mauvaise affection ; qu’elle n’omettrait rien de ce qui serait de son devoir alléguant de quoi que ce soit ; mais qu’elle procurerait le salut corporel et spirituel tant de la mère que de l’enfant, autant qu’il lui serait possible ; et sur le témoignage que plusieurs femmes nous ont rendu d’elle, l’avons [un mot illisible] la fonction de sage-femme.

Nous a promis en outre ladite Burté de fréquenter souvent les sacrements, d’engager les femmes qu’elle assiste à s’en approcher dans la quinzaine avant leurs couches et à se mettre sous la protection de la Ste Vierge et d’assister lesdites femmes jusqu’à ce qu’elles aient reçu la bénédiction, dont elle nous avertira, afin de prendre une heure commode pour la [un mot illisible] ; qu’elle viendra tous les ans subir un examen sur la manière de baptiser et recevoir de nous les avis et les instructions que nous jugerons à propos de lui donner ; et pour tous ses services l’avons [trois mots illisibles] à laquelle elle s’est contentée ; et si ladite Burté manquait à aucunes promesses susdites lui serait défendu par nous d’exercer ladite fonction ; et lui avons délivré copie du présent acte pour lui servir à ce que de raison, l’an et jour que dessus. » (Signature : Vacher)

Image : Georges de La Tour, Le nouveau-né – Musée des Beaux-Arts de Rennes – vers 1640

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Tous cousins

Recherches généalogiques. En ce moment j’examine le registre d’état civil BMS (baptêmes, mariages, sépultures) au début du 18e siècle (1723-1732) d’une commune de l’Yonne, Malay-le-Grand, dont sont issus beaucoup de mes ascendants. Je constate que – approximativement – 80 % des naissances, mariages, décès concernent directement ou de très près des personnes faisant partie de mon arbre. Cela me semble à la fois étrange et complètement normal. Etant donné la très faible mobilité des gens dont je parle (à partir de 1900 et en remontant dans le temps), il était naturel qu’ils s’allient à d’autres aussi peu mobiles qu’eux. En 1793 (je n’ai pas de chiffre plus ancien) le village comptait 829 habitants. Tous cousins ! Ou presque.

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L’éclat des roses

« La Rose du Quercy, une rose de cœur » de Geneviève Besse-Houdent
éditions Tertium, mai 2020

C’est un motif que l’on dit unique et spécifique au Quercy – l’on se demande si la rose du Quercy est seulement un ornement architectural ou si une histoire d’amour s’y trouve cachée ?

A partir de cette question, l’historienne de l’art Geneviève Besse-Houdent a mené son enquête dans les églises et chapelles du Lot, pour s’arrêter aussi à la cathédrale de Cahors, avec sa chapelle Notre-Dame consacrée en 1484. Le motif sculpté de la rose a déclenché à la fin du 15e siècle et au début du 16e dans le Quercy un engouement, un phénomène de mode unique avec plus de 600 occurrences, dont témoignent les belles images de Jean-Louis Nespoulous qui illustrent le livre. Tout cela à l’appui d’une interprétation « peut-être osée », comme le dit l’auteur : la rose de pierre serait un hommage de l’évêque Antoine d’Alamand à sa bien-aimée, Sicarde de Sorbier. La rose n’est pas sans pourquoi…

Cette hypothèse romanesque n’empêche certes pas Geneviève Besse-Houdent de mener sur cet ornement une analyse historique et esthétique approfondie. Elle explore également les connexions du thème de la rose ornement sculpté avec le Roman de la Rose et les arcanes et l’amour courtois.

« Quelle beauté sauvera le monde ? » demandait Dostoïevski, aujourd’hui relayé par François Cheng.

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Monovocalisme en E

Persévérer, perdre, déferler
Émettre, émerger
Déclencher, enclencher, peler, épeler
Prendre, reprendre, tendre, étendre, détendre
Prendre, reprendre, fendre, défendre
Pénétrer

Chercher, rechercher, verser
Mêler, démêler, entremêler
Mettre, démettre, remettre
Mener, emmener, démener
Être, entrer, rentrer
Réserver, préserver
Gercer, gérer, geler,
Presser, créer,

Père, mère, mer, fer, perte, perle
Fenêtre, merle, cerbère, herbe,
Évènement, tesselle, nerf, cerf, serf
Vent, pente, terme, ferme
Benne, penne, pène, cène, étrenne
Erre, sphère, mégère, réserve
Chêne, ébène, géhenne, gêne
Renne, rênes, herse, gel, gelée

Évêque, crêpe, pelle, selle,
Messe, espèce, presse, vente, sente
Verre, ver, vers, vert, verte
Net, sec, dément, terne
Ferme, léger, sévère, revêche
Pérenne, hellène, grec, bref
Certes, quelque, entre, récemment, vers

***

Des fenêtres ternes, sèches, verres gelés,
Mènent vers les terres des chênes verts
Le vent mêle et démêle les herbes sèches
Les herses pressent le sel et déferlent les mers

L’ébène des pentes, réserves des cerfs
Le terme ferme des étrennes des serfs
Les événements sévères pèsent les nerfs
L’évêque émet des mètres brefs

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La double mort de Niecoan

« Dans une petite ville perdue du Mexique, un beau matin, il y avait une fille morte d’une blessure par une flèche reçue dans le dos. Ses yeux, les larmes séchées, étaient grand ouverts sur la mort et contemplaient un monde de beauté et de chagrin. Elle s’appelait Niecoan, et c’était une belle fille, aussi belle qu’une fleur, qui rêvait le rêve de toutes les filles. Niecoan était allée à l’aube rejoindre son père et il avait écrit une chanson pour elle, mais au bout d’un moment il s’était senti mal, il avait très chaud et il était très las. Il s’allongea près d’elle, mit sa tête sur ses genoux et mourut. Je crois que la flèche contenait un peu de poudre, et pendant que Niecoan chantait, la flèche avait glissé et l’avait tué. J’étais en admiration devant elle, je n’étais pas retourné là-bas, mais j’étais allé à sa rencontre et je lui avais dit tout ce qui était arrivé à la petite fille. Je lui ai chanté une chanson comme son père. Quand tu as une petite fille dans tes bras, avait-il dit, ne la laisse pas aller dormir sans toi, et ne laisse personne rentrer à la maison sans toi, parce que tu vas pleurer. Cela m’avait fait grandir.

Je savais où elle habitait. On se voyait chaque soir quand il était au travail, et je montais et descendais dans la maison, regardant tout, en pleurs. Je savais où elle habitait. Tous les gens de la ville savaient où il habitait, et il venait là chaque matin. Sinon, il était toujours à la maison, toujours avec sa femme, quelquefois avec ses enfants, toujours avec sa femme et sa mère. Je savais où elle habitait, j’étais si proche d’elle, même si plein de choses entre nous étaient différentes ; ce n’était que le début, pour autant que je sache. Elle me parlait comme une mère à son enfant. C’est ainsi que je me suis mis à l’aimer en tant que personne. Si je n’avais pas eu cette chance, je n’aurais probablement pas pu y aller les premières années, quand il était avec moi. Elle était tellement proche de moi, elle était aussi ma grand-mère. Nos familles étaient proches, mais pas tant que ça. Nous avions une maison bien vieille, mais agréable, où j’aimais courir en tous sens. Je savais que la terre était bonne à cet endroit, et il y avait de l’eau à proximité, assez pour installer un bassin, et ce n’était pas loin de la ville. J’avais aménagé un grand jardin, facile à cultiver. Mais cela ne va pas plus loin ; c’est là que mon histoire s’achève, et ma famille s’achève aussi, et mes voisins également. »

J’ai écrit ce texte à l’aide du logiciel libre Talk To Transformer d’Adam King, après avoir lu celui composé par Joachim Séné (voir https://remue.net/je-ne-pouvais-plus-ecrire). En gros, on écrit une première phrase, et le robot (je sais, ce n’est pas un robot, mais c’est ainsi que je le vois) vous fournit une suite en plusieurs paragraphes. Si cela ne vous plait pas, on peut en demander d’autres à partir de la même phrase (la mienne était juste « Dans une petite ville perdue du Mexique, un beau matin »). J’ai établi ce texte à partir de 3-4 séquences de TTT, j’ai juste traduit et à peine arrangé quelques transitions.

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Pour le salut de son âme

Registre BMS de Chigy, Yonne, 1669-1702 page 59

Comme pour les autres textes recueillis dans les registres d’état-civil, j’ai conservé l’orthographe et la ponctuation d’origine.

« Par devant moy curé de Saint Loup de Chigy sur Vanne en présence des témoings cy après nommez, au defaut de notaire en ladite paroisse fut présent en personne Biencour escuyer seigneur de Pointrincour et autres lieux, gissant (sic) en son lit malade en sa maison en la paroisse dudit Chigy, sain toutefois d’esprit et d’entendement, ainsi qu’il m’est apparu et a mes témoings soussignés, lequel considerant qu’il n’est rien de plus certain que la mort, et rien de plus incertain que L’heure d’icelle, et ne désirant en être prévenu, sans auparavant avoir déclaré ses dernières volontés, a fait, dicté et nommé le présent son testament en la forme et manière qui suit —–

Premièrement, Recommande son ame a dieu, a la glorieuse Vierge Marie, a Saint Jacques son patron et a tous les saincts et sainctes de paradis.
Lorsque son ame sera séparée de son corps veut le testateur que son corps soit inhumé dans leglise dudit Chigy avec toutes les prières messes et services comme il convient a une personne de sa qualité ; a laquelle fabrique de Chigy sur Vanne ledit sieur testateur donne et legue la somme de trente livres de rente a prendre et avoir sur le plus clair et meilleur de tout son bien Laquelle somme de trente livres annuelles et perpetuelles sera payée entre les mains tant de ceux qui sont de present en charge que de ceux qui leur succederont et en cas que les héritiers dudit sieur testateur voulussent acquitter et amortir ladite somme de trente livres de rente lequel ils pourront faire en payant la somme de six cents livres en principal Les marguilliers seront tenus et obligez d’en faire le remplacement aussitôt ou les constituer afin que ladite somme de trente livres se puisse bien et facilement [un mot illisible] percevoir et payer aux marguilliers qui seront en charge ./.

Chaqun an la charge de par les marguilliers de faire dire et celebrer a perpetuité par chaqun an deux services a neuf leçons vigilles messes hautes de requiem sçavoir un le lendemain de la fette de St Simon et St Jude pour le repos de l’ame de deffunte dame Marie Royde femme en premières noces du sieur testateur et le second en pareil jour qu’arrivera le deces dudit sieur testateur et ainsi continuer tous les ans a perpetuité comme aussi de faire chanter tous les dimanches un libera incontinent après la messe pour le repos de l’ame dudit sieur testateur, a la charge aussi par les marguillers de faire raccommoder et entretenir la chapelle de Ste Anne comme aussi de faire lambricer des premiers deniers qui proviendront de ladite rente de trente livres les charge cy dessus prealablement déduire et seront lesdits services annoncez le dimanche precedent et sonnez tant la veille que le jour qu’ils se chanteront —–
Item veut le sieur testateur [un mot illisible] être payée et griefs reparez si aucuns y a

et pour executeur du present testament ledit sieur testateur a choisi et nommé Jean de Chicault escuyer seigneur de Milly lequel il prie de bien vouloir rendre ce dernier bon office et apret que le present testament a esté [un mot illisible] et relû audit sieur testateur par moy curé soussigné, mes témoings presents, ledit testateur a déclaré qu’il y persiste et désir iceluy être executé comme estant la dernière volonté fait et passé audit lieu de Chigy en la maison du Sr de Biencour. »

Remarques

1. Le texte n’est pas daté. Il se trouve dans le registre à la fin des actes enregistrés pour l’année 1697.
2. Il est dit au début « en présence des témoins ci-après nommés » mais ils ne sont nulle part nommés (sauf l’exécuteur testamentaire) et il n’y a pas non plus de signatures. Ou bien il manque une partie du texte (mais la 2e feuille continue avec un autre testament), ou bien le curé a omis de les faire signer (ce qui serait curieux).
3. Le prénom du Sr de Biencour n’est pas mentionné mais il est fait référence à « Saint Jacques son patron », on peut donc supposer qu’il s’appelle Jacques de Biencour. Un arbre de Geneanet mentionne un Jacques de Biencourt (avec un t) marié le 11 avril 1695 à Chigy avec Marguerite Jolly.
4. La « fabrique », selon le TLF, désigne les biens matériels d’une église paroissiale.

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L’art de bien écrire

Le registre BMS de la commune du Charme (Loiret) pour les années 1642-1686 présente dans ses dernières pages quelques notations assez curieuses dans leur incohérence. On peut penser qu’elles ont été inscrites (par qui ?) a posteriori, étant donné la mention « 12 mars 1713 au Charme ». J’ai conservé l’orthographe d’origine, qui ne manque pas de piquant étant donné le thème de « l’art de bien écrire »…

p. 218 Monsieur, je ne peut pas écrire sur ledit Registre on nous [un mot illisible] depuis peu a légalizé je ne peut pas davantage y mettre – sinon [un mot illisible] que je suis allé [deux mots illisibles] Votre très humble et très serviteur [deux mots illisibles] pour dire non
12 mars 1713 au Charme

p. 219 Monsieur le nom que je veux vous dire [plusieurs mots illisibles] bon fort et bons amis
c’est que la plume ne vaux rien ni le papié

p. 220 Monsieur et Madame

p. 221 A b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z
est une (sic) ars de bien écrir car seux qui ne le sçave pas son ignoran
Estes-vous chrétien ? Répondre ouy par la grâce de Dieu. D. Et qui est celuy qu’on doit appeler chrétien ? R. C’est celuy qui ayant été baptisé fait profession de la doctrine chrétienne. Q. Est-ce que la doctrine [le texte s’interrompt ici]

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Carlos Mérida, la peinture et l’autobiographie

L’autobiographie me poursuit, même au bout du monde. Visitant à México DF l’exposition consacrée au peintre guatémaltèque Carlos Mérida, au Museo Nacional de Arte (Munal), je découvre dès la première salle un document dactylographié intitulé « Autobiographie, écrit inédit », datant de 1957.

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Mérida a également réalisé plusieurs autoportraits. L’exposition célèbre le centenaire de l’arrivée du peintre au Mexique en 1919.

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Mérida (1891-1985) a vécu une trentaine d’années au Mexique. Il a contribué au mouvement « muraliste », mais a surtout tenté d’opérer une combinaison des techniques picturales émergeant en Europe au temps de sa formation et des thèmes latino-américains. Le résultat est assez hétérogène, on distingue de nombreuses parentés (Miro, Kandinsky, d’autres…), mais séduisant.

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« Rien ne manque »

« Le onzième jour du mois de Juillet mil sept cent quatre vingt deux environ les cinq heures et demi du matin est paru au dessus de cette paroisse un nuage d’une très petite étendüe à six heures moins un quart est parti de ce nuage un éclaire et au même moment le tonnerre est tombé sur le clocher directement sur la pointe a brisé l’éguille en plusieurs morceaux et quelques autres pièces de charpente sans qu’il ait paru aucune étincelle de feu la foudre après avoir dépouillé le clocher des ardoises qui le couvraient du côté du midi et du sud ouest est descendue le long du mur par l’endroit où est l’horloge dont elle a coupé le fil de fer qui fait frapper le marteau a gagné le pignon où est la porte d’entrée a percé une petite niche où était une statue de bois de la Ste Vierge quelle a renversée sous le porche et a envoyé quelques plâtras sur le maître autel sans avoir causé autres dommages sinon deux trous au cadran dont un est directement à l’heure qu’elle a frappé »

église courceaux

Texte extrait du registre BMS de Courceaux (Perceneige), Yonne, 1752-1791, p. 143
J’ai conservé l’orthographe d’origine ainsi que la totale absence de ponctutation. Le titre assez mystérieux est celui qui figure sur le registre.

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Stavros, un policier pas banal dans l’Athènes d’aujourd’hui

Stavros de Sophia Mavroudis, Éd. Jigal, 2018

Un sacré bonhomme, le commissaire Stavros ! Grand et massif,  farouchement indépendant, impulsif,  colérique, c’est un ours mal léché. Amer, désabusé, c’est aussi un grand fan de Kavafis, le poète d’Alexandrie.

Quand on le rencontre, il vient d’être rattrapé par son passé : un morceau de la frise du Parthénon a disparu et un cadavre gît au pied de l’Acropole. Or, quelques années auparavant, la femme de Stavros, Elena – alors responsable des fouilles archéologiques – avait mystérieusement disparu au même endroit. Stavros fait des pieds et des mains pour que l’enquête lui soit attribuée, car bien sûr, il en fait « une affaire personnelle », et celle-ci aura des résultats inattendus, que je ne vais évidemment pas dévoiler.

 

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Stavros provient d’une famille d’intellectuels de gauche. Son grand-père, originaire d’Asie mineure, est revenu de Smyrne en 1923, lors de la Grande Catastrophe, comme l’appellent les Grecs (le massacre et l’expulsion des chrétiens d’Asie mineure), puis il a été résistant, puis combattant de la guerre civile « du côté des perdants ». Son père est mort prématurément, « brisé par les prisons de la dictature » dans les années 60. Stavros a un fils d’une dizaine d’années, Yannis, qui va devenir l’enjeu de cette enquête mettant l’insolite commissaire aux prises avec la mafia russe.

Car le roman est situé de nos jours, dans le contexte historique de la Grèce contemporaine, pays meurtri, ruiné après les années 80, « règne de l’argent facile », et la corruption à tous les niveaux de l’État. On s’y promène dans les quartiers d’Athènes, Metaxourgeion, Monastiraki, et jusqu’aux docks du Pirée. On y observe les coutumes locales (comme celle de l’œil, l’amulette qui protège contre le mauvais sort) et Sophia Mavroudis, franco-grecque, glisse au besoin quelques mots pour les expliquer.

Bien sûr, Stavros ne travaille pas seul. Il s’entend mal (évidemment) avec son supérieur Anastasios Livanos, homme élégant, érudit et même pédant, issu de la grande bourgeoisie athénienne. Livanos est « technique », pratique la déduction, alors que Stavros marche à l’instinct. Mais ils se rejoignent pour apprécier Kavafis…

Stavros brille par son insubordination, son insolence et sa négligence à l’égard des consignes de sécurité. On se demande comment la hiérarchie tolère son comportement.

Il a pour lui sa fidèle équipe : Dora, solide, costaud, ancienne des forces spéciales du Mossad, qui s’instaure plus ou moins son garde du corps ; Eugène le hacker, dont les talents informatiques fourniront des pistes, et Nikos l’Albanais. Il peut compter aussi sur son amie Matoula, tenancière de bar au passé obscur et au grand cœur. Toutefois, il lui faut collaborer aussi avec des policiers moins sympathiques, Glykas le sournois et Zervenis le fayot.

Les références à l’Antiquité (le sujet s’y prête…) sont multiples mais jamais pesantes : Platon, Thucydide, Aristote fournissent des grilles de lecture des situations. Gourmand, buveur invétéré, Stavros est aussi un grand joueur de tavli, le backgammon grec, et  les amateurs apprécieront les détails tactiques de jeu qui sont déployés…

Pour une débutante – c’est son premier roman publié – Sophia Mavroudis maîtrise à merveille les codes du polar. Et comme la couverture du livre « Les enquêtes à Athènes du commissaire Stavros Nikopolidis » le laisse entendre, d’autres titres suivront peut-être bientôt ? On les attendra avec impatience.

 

 

 

 

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