Le dernier jour (sans date)

 

Il a fermé la fenêtre. Il a éteint la radio. Il a rangé les livres par ordre alphabétique. Il a déchiré une photo. Il s’est mis à pleuvoir. Il a mangé une orange. Il a arrosé le papyrus. Il a pensé à sa grand-mère. Il faisait du vent. Il a regardé des images de son voyage en Chine. Il ne faut pas croire tout ce qu’on raconte.

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Liste des essentiels

Kerouac_by_Palumbo

Carnets de notes grifouillages secrets et pages démentes
dactylographies pour ton propre plaisir
soumis à tout, ouvert, à l’écoute
quelque chose que tu sens trouvera sa propre forme
sois saint fou et idiot de l’esprit
écris ce que tu veux du fond de l’esprit
les visions indicibles de l’individu
pas de temps pour la poésie mais exactement ce qui est
en transe-fixation rêvant l’objet devant toi
défais-toi des inhibitions littéraires, grammaticales et syntaxiques
comme Proust sois une vieille tête-herbe du temps
racontant la vraie histoire du monde
en monologue intérieur
écris à partir du substantiel œil du milieu, nageant dans une mer de langue
ne pense pas aux mots quand tu t’arrêtes sauf pour mieux voir l’image
ni peur ni honte de la dignité de ton expérience de ta langue et connaissance
livre-film est le film en paroles, la forme américaine visuelle
composant frénétique, sans discipline, pur, émergeant d’en dessous
le plus fou mieux ça vaut
écrivain-metteur en scène de films Terrestres
subventionnés et Angélisés au Ciel.

Jack Kerouac
Mexico City Blues (fin du 5e « chorus »)

Photo de J. Kerouac par Tom Palumbo, vets 1956

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« Ça va mieux en le disant »

 

 

Il vaut mieux, disais-tu, ne rien laisser dans l’ombre
Et tout ce qui survient de lumineux ou sombre
Dire

Car le silence est grand, mais la parole est claire
Et le premier des mots est bien fait pour me plaire :
Lire

Et de ce qui est dit, dans la métamorphose
Le sens caché surgit, que l’horizon des choses
Tire

Rien ne nous garantit, des jours de l’avenir
Ce qui est réservé, ce qui peut advenir
Pire

Mais pour l’instant je veux, par ces vers accessoires
Rendre hommage au parler et le faire savoir,
Sire

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« Mon cher Michel »

En hommage à Michel Butor, voici ce que j’écrivais en 2006 au moment de l’expo qui lui avait été consacrée par la BNF. (Je ne garantis pas la validité des liens cités à la fin.) L’an dernier (ou était-ce en 2014 ?) j’avais eu l’occasion de l’écouter in real life, dans le cadre du séminaire de géographie littéraire de Michel Collot à Paris III.

L’exposition « Michel Butor, l’écriture nomade » qui vient de s’achever à la BNF (site Tolbiac) a eu du mérite à évoquer, dans un espace relativement restreint, une œuvre aussi vaste et multiforme.

Michelbutor

Comme l’indique la bibliothèque dans sa présentation,

« Né le 14 septembre 1926, Michel Butor aura 80 ans cette année. Auteur de quatre romans, dont la fameuse Modification (NDLR : roman écrit presque entièrement à la deuxième personne, un vrai tour de force…) qui lui vaut le prix Renaudot en 1957 et le situe parmi les protagonistes du Nouveau roman, Michel Butor se tourne bientôt vers d’autres genres littéraires : l’essai, la poésie, la pièce radiophonique. Il invente de nouvelles formes textuelles, comme dans Mobile (1962), multiplie les œuvres réalisées avec des artistes contemporains (NDLR : Pierre Alechinsky, Camille Bryen, Olivier Debré, Christian Dotremont…) et, parcourant le monde, transforme chaque pays visité en source d’inspiration pour de nouveaux livres. La Bibliothèque nationale de France, qui conserve l’ensemble de sa correspondance, des manuscrits et de nombreux livres d’artistes, organise une exposition conçue comme un voyage autour d’un des grands écrivains de notre temps. »

Dans ce parcours fécond, il a croisé et fréquenté tout ce que notre époque compte de têtes pensantes et écrivantes… Il est fascinant de voir dans cette expo tant de lettres de et à Butor, avec pour correspondants Roland Barthes, Nathalie Sarraute, Gaston Bachelard, Francis Ponge, Claude Simon, Jacques Lacan, André Breton et j’en passe. Tous ces grands esprits, toutes ces écritures (manuscrites les lettres, pour la plupart) : « Mon cher Michel… »

Écrivain qui voyage, voyageur qui écrit, nulle contradiction, chaque démarche nourrit l’autre : dire le monde pour mieux l’appréhender, et inversement. « A mesure que le temps passe, je m’efforce d’ouvrir mon objectif, d’élargir mon compas aux dimensions de la planète », écrit Michel Butor.

 

en complément :

« Michel Butor, le goût de la marge », un entretien avec Pierre-Marc de Biasi, paru dans le Magazine littéraire, juin 2006, pp.91-95

un « petit guide » chez remue.net : http://www.remue.net/cont/butor.html

pour les amateurs givrés d’index (comme moi), le site d’Henri Desoubeaux, Dictionnaire Butor : http://perso.orange.fr/henri.desoubeaux/index.html#Dictionnaire

 

 

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Celle qui n’est pas là

Je ne suis pas celle que vous croyez.
Je ne suis pas cet animal ni cette plante.
Je ne suis pas cette machine infernale ni cette pensée serpentine.
Mes yeux sont verts bleus noirs marrons mes cheveux sont rouges.
Ma peau est noire blanche noire verte.
Je suis cette invention du destin.
Je suis cette construction de l’imaginaire d’un ermite désœuvré.
Je suis le croisement entre une ombrelle et un ordinateur.
Je suis l’amie du sablier, celui qui ne reste pas longtemps au même endroit.
J’ai plein de sable dans mes placards.
J’ai plein de larmes dans tous mes yeux.
Ne croyez pas tout ce que je vous dis.

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De la lecture

Je lis.

Je lis tout le temps.

Je lis le matin, le midi et le soir, le jour et la nuit, la semaine et le dimanche, les jours fériés aussi, au printemps, en été, en automne et en hiver.

Je lis chez moi et dehors.

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Je lis dans le métro, dans l’autobus, dans le train, en avion et en voiture (bon, pas quand c’est moi qui conduis, quand même).

Je lis en mangeant, si personne ne partage mon repas. Je lis au lit bien sûr et presque en dormant. Je lis en lisant.

Je lis des livres, des magazines, des journaux, des revues,  des almanachs, des fascicules, des brochures, des plaquettes, des manuels, des encyclopédies. Je lis des textes en ligne à l’écran et j’en imprime d’autres pour les lire plus à l’aise. Je lis les notices explicatives des produits de beauté et des produits d’entretien (mais pas les manuels de l’utilisateur de mes diverses machines…) Je lis dans la joie et dans l’affliction, dans la solitude et dans la foule, avec un but précis ou pour le seul plaisir de lire.

J’ai toujours lu, d’aussi longtemps que je me souvienne. Je ne me rappelle pas avoir appris à lire. J’espère que je lirai toujours. De deux choses terribles qui pourraient m’arriver, l’une serait de ne plus pouvoir lire, l’autre de ne plus en avoir envie.

(Texte écrit en 2005 mais j’y souscris toujours)

(Corot, Liseuse couronnée de fleurs, 1845)

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Se perdre en forêt

Lorsque la forêt est présente dans un livre, il est rare que ce soit comme simple décor ; la plupart du temps, elle joue un rôle décisif, en tant que personnage à part entière ; dans tous les cas, elle porte une forte charge symbolique. Il s’agit d’une figure profondément ambivalente, à la fois positive et négative : un lieu de refuge et de menace, accueillant et agressif, source d’épanouissement ou de régression. Ce livre a pour but d’étudier l’évolution de la représentation de la forêt dans l’imaginaire et la fiction littéraire.

Dans une première partie (brève), le contexte de l’étude est exposé : les rapports entre l’homme et la forêt, à travers les approches historiques (de la préhistoire à l’époque actuelle), économiques (des diverses formes de l’exploitation forestière à la sylviculture), symboliques (dans les diverses cultures, mythes et religions).
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Je m’attache ensuite plus largement à exposer comment le thème de la forêt est traité dans le domaine littéraire : depuis sa présence dans l’Antiquité (poésie, philosophie), puis à travers les contes et légendes, les textes du Moyen Age (époque qualifiée d’« âge d’or » de la forêt) et jusqu’à l’époque contemporaine (poésie et roman) qui est la partie la plus développée.

Quelques auteurs parmi ceux commentés : Julien Gracq, J.M.G. Le Clézio, Apollinaire, H.D. Thoreau… Le thème est essentiellement étudié dans la littérature de langue française, mais il peut également être éclairé par des exemples significatifs pris dans d’autres langues. Il est mis en relation avec des constantes plus larges de l’expression littéraire comme le sentiment de la nature ou la perception du paysage.

Publié chez Books on Demand, avril 2016
En vente également chez Amazon

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