Autre chose à découvrir

Je ne suis pas spécialement amateur(e) de la peinture de Delacroix. Je suis pourtant allée voir la grande exposition qui lui est actuellement consacrée au musée du Louvre. Ce qui m’a attirée : je me suis dit qu’au-delà des œuvres si connues qu’on ne peut presque plus les regarder (La Liberté guidant le peuple, Les Massacres de Scio, Dante et Virgile…), il devait y avoir autre chose à découvrir. C’est effectivement le cas. D’abord la variété des thèmes abordés et des styles. Ensuite la puissance qui se dégage de cette peinture, particulièrement des animaux, chevaux, tigres et lions (même la tête de chat que peint Delacroix – ce chat a quelque chose d’un lion). Les sombres fureurs et les tourments de Faust et de Hamlet.

Le texte de Baudelaire sur Delacroix (dans le Salon de 1846) démonte l’analogie facile entre Victor Hugo et Delacroix pour donner au peintre la plus grande capacité de création. Baudelaire n’est pas tendre avec Hugo : « M. Victor Hugo, dont je ne veux certainement pas diminuer la noblesse et la majesté, est un ouvrier beaucoup plus adroit qu’inventif, un travailleur bien plus correct que créateur. Delacroix est quelquefois maladroit, mais essentiellement créateur. » Pourtant l’analogie ne me semble pas infondée. Il y a chez Delacroix une certaine grandiloquence dans le langage pictural, qui n’est pas sans rapport avec celle de Hugo dans sa poésie. Et bien qu’elles ne correspondent plus à la manière dont nous nous exprimons aujourd’hui, elles restent capables de nous toucher en ouvrant parfois des abîmes. Pour Baudelaire, Delacroix s’est emparé d’un domaine qui lui est propre et c’est celui de la douleur, particulièrement de la douleur morale, ce qu’il appelle le drame : « Chacun des anciens maîtres a son royaume, son apanage, — qu’il est souvent contraint de partager avec des rivaux illustres. Raphaël a la forme, Rubens et Véronèse la couleur, Rubens et Michel-Ange l’imagination du dessin. Une portion de l’empire restait, où Rembrandt seul avait fait quelques excursions, — le drame, — le drame naturel et vivant, le drame terrible et mélancolique, exprimé souvent par la couleur, mais toujours par le geste. »

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