Impossible autrement

Le passant qui longeait, au soir venu, les trottoirs de cette rue, en modulant de manière incompréhensible des sons sortis du fond des âges, peut–être avec sa voix, mais alors une voix si sourde et si rauque qu’elle était à peine humaine, ou bien avec un instrument de musique, mais alors invisible, ou si petit qu’il pouvait le cacher dans le creux de sa main. Et cette voix humaine ou non s’entendait soudain au cœur de la nuit, au moment où tu allais enfin trouver le sommeil, et te jetait soudain hors du lit, haletant presque, tu écartais le rideau pour voir d’où provenaient ces sons si étranges. Et sans savoir pourquoi, tu étais terrifié, glacé de terreur, mais tu ne pouvais pas faire autrement.

Au milieu du pont, là où le fleuve est le plus profond (enfin c’est ce que tu supposes, tu n’en as aucune preuve), tu as posé ton sac sur la balustrade, tu as appuyé tes mains bien à plat sur la pierre froide, elle aurait pu être encore tiède de toute une journée de soleil, mais non, même pas. Les dernières traces du soleil couchant se lisaient comme une écorchure au bas du ciel. Enjamber la rambarde aurait été un effort, elle était si haute. Et aussi l’eau trop sale, et toute la chose ridicule, on t’aurait vu tout de suite, on t’aurait repêché sans tarder. Et puis cette Japonaise s’est approchée et t’a demandé de la prendre en photo, et tu l’as fait avec une sorte de sourire, et après ça ce n’était vraiment plus possible.

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